02/07/2010
Brésil/Pays-Bas : Suis-je le gardien de mon frère ?
Je viens de suivre la rencontre Brésil/Pays-Bas et, malheureusement, il me faut plutôt employer le terme affrontement pour en parler.
Impossible pour moi, je vous l’avoue, de ne pas penser à ces Boers qui se firent une place de choix en terre africaine à coups de feu et à coups de sang. J’ai espéré un instant que cette rencontre, entre la couleur safrané des moines bouddhistes, cet orange apaisant, allait nous offrir dans son échange avec l’Auriverde d’un Brésil flamboyant, une symphonie de une deux, de transversales renversantes, d’engagements transcendants.
L’enjeu pour moi ne pourrait pas ternir le jeu et j’étais persuadé que nous allions vivre enfin un grand moment…
Le destin des temps en a décidé autrement et j’ai vu la victoire de la force brutale sur les restes peu fringants d’un brésil mitigé engoncé par un costume trop astreignant.
Le style trop européen des enfants de la balle a succombé sous les coups ravageurs de conquérants rageurs. Le résultat pour le résultat et la kyrielle de fautes commises ou simulées a débouché sur l’expulsion, bien méritée, d’un joueur Auriverde.
Triste match assourdi par des commentaires virulents contre un pauvre arbitre dont la seule faute est d’avoir été présent.
Quelle est donc cette curée à laquelle nos aboyeurs se livrent et qui, à chaque rencontre, désavoue publiquement l’autorité ?
Quand va-t-on finir par plaindre l’erreur arbitrale plutôt que de sans cesse la blâmer ?
J’en ai assez de voir à longueur de rencontres, des pauvres types se faire agresser, injurier, pour n’avoir pas pris, aux yeux des censeurs, la bonne décision.
Mais où est-il ce joueur qui, voyant l’erreur de son coéquipier, irait l’insulter pour avoir manqué une passe, un pénalty, une transversale, une talonnade ?
Cette curie devient intolérable et indécente. L’arbitre est un homme et les verbiages incessants qui occupent près de vingt pour cent des propos des commentateurs, assistés maintenant d’ancien juges de terrain venus mettre leur grain sel dans cette montagne de fiel, tout ceci ne me parait plus tolérable.
Cette rencontre a été décevante pour des raisons bien plus profondes que les décisions jugées bonnes ou mauvaises d’un petit homme en noir. Il serait temps d’arrêter cette folie de nous vouloir ennemis les uns des autres.
Arbitrer c’est d’abord protéger et si les lois sont destinées à permettre le vivre ensemble, il est l’heure de s’en souvenir. La perfection n’est pas humaine et l’arbitre de ce quart de finale se couchera sûrement ce soir avec dans le ventre un peu de cette douleur qui nous fait parfois pleurer sur le Monde.
Il ne rejoindra aucun grand club qui le consolera, ne percevra aucun salaire mirobolant pour prix des crachats qu’il reçoit, et n’aura pour défenseurs que quelques confrères à la FIFA.
Messieurs, qui aux rencontres préférez les combats, je vous invite à vous porter au bord des rings, là où votre fougue, vos frustrations, votre désir d’en découdre se feront l’écho d’un bon pugilat.
Pour les autres, pour celles et ceux qui, comme moi, préfèrent les rencontres aux combats, les nobles défaites au triomphe des coups bas, je vous invite à prendre soin de notre humanité pour ne jamais devenir ennemis les uns des autres…
20:55 Publié dans Pendant la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bresil, pays-bas, quart, finale, football, afrique du sud, arbitre, ennemis, gardien, frère, affrontement, rencontre |
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Marianne au bord de la crise de nerfs…
Un essayiste de renom - dont je tairais l’identité de crainte de faire offense à sa mémoire, pour l’amour qu’il portait à l’anonymat - avait pressenti l’état actuel de notre société et s’en était ému en ces termes « Pour amener les hommes à vivre « en public », on ne se contente pas de les rassembler en « masse » à toute occasion et sous n’importe quel prétexte ; on veut les loger, non pas seulement dans des « ruches » mais littéralement dans des « ruches de verre », disposées d’ailleurs de telle façon qu’il ne leur sera possible d’y prendre leur repas qu’ « en commun ».On s’efforce du reste, par tous les moyens, de les « dresser » à n’être pas plus différents entre eux que ne le sont les individus des espèces animales, si ce n’est même moins encore ».
L’actualisation de sa crainte est allée, malheureusement, bien au-delà de cette clairvoyance et, non content de faire de notre monde une gigantesque ruche de verre, on y plante d’innombrables caméras et autre capteurs d’intimité pour récolter « l’écho intime de notre savane ».
De la Une racoleuse et vulgaire d’une « Equipe de gagneuses » à l’audit indigent d’une ministre rose venue espionner « son équipe de musclés », en passant par l’audition à l’assemblée des sages, de « délinquants fédérés », Marianne est au bord de la crise de nerfs…
La cascade « d’info volées », qui déferle sur les médias, s’enrichit même de la prostitution de quelque « député twitteur » trop heureux de saisir l’occasion pour sortir d’un anonymat dont le poids lui pèse bien plus que la souffrance de ses électeurs.
Le scandale paraît toujours très utile aux médiocres.
La preuve, le réflexe pavlovien des rédactions qui se sont empressées de donner la parole à ce Judas de Bourbon en l’invitant sur les divans de leurs plateaux. Ce petit homme, que je préfère laisser à l’ombre de sa bêtise, ne méritait certainement pas la prise de parole qui lui a été offerte et à moins de venir confesser sa faute pour s’humilier devant ses pairs, il eut été préférable de faire peser le poids du silence sur cette inadmissible transgression.
Un joueur de foot peut être vulgaire dans le secret d’un vestiaire et il appartient à son éducateur d’en tirer les conclusions, un député ne devrait pas avoir le droit de violer impunément le contenu d’un huis clos sans encourir une sanction exemplaire et à la mesure de son infraction.
Mais quel est donc cette folie soudaine que de vouloir tout savoir sur tout, tout le temps, par n’importe quel moyen, au seul prétexte d’une prétendue transparence à laquelle nous aurions droit et de quel droit parle-t-on ?
Caméra cachée, micro dissimulé, portable embusqué, ordinateur connecté, notre monde est devenu l’écran géant d’une émission planétaire à laquelle tout le monde doit participer. Est-ce ce droit qui nous est offert ? Ne serait-ce pas plutôt un devoir qui nous est imposé, le devoir de consommer une « fast-info » pour le plus grand bonheur des officines clownesques de nos « fast-médias » internationaux ?
Mais qui a décrété qu’il fallait tout divulguer, tout révéler ?
Au-delà de la supercherie à laquelle on tente de nous faire croire, de quelle révélation nous parle-t-on sinon de celle d’un couvercle pourtant salutaire que l’on se plait à soulever pour mettre à jour les déchets de notre humanité…
Est-il bien utile, de mettre sur la place publique cette part nauséabonde que chacun d’entre nous porte en lui et qui peut, à la faveur d’une situation particulière, s’échapper de nos actes, de nos lèvres et même de nos pensées.
Rien de ce que nos médias colportent en la matière n’est utile à la prétendue information qu’ils brandissent comme étendard de leur foi. La seule motivation, le seul moteur de leur déséquilibre reste la nécessité impérative de vendre du papier.
Il est certain qu’il serait plus utile, pour la sacro sainte « opinion publique » que ces faiseurs de scandale prétendent éclairer, que la vente de leur papier ou de leurs images se fassent en rouleaux. D’ailleurs, au train ou vont les choses, il n’est pas certains que la décennie ne s’achève, sans que quelque journaliste consciencieux, quelque député zélé, quelque ministre éclairé ou quelque spécialiste autoproclamé n’aille se planquer sous les douches ou au fond de la cuvette des WC d’un vestiaire enfiévré pour nous livrer via l’étude scientifique de quelque selles ou de la forme de quelque sexe, le régime alimentaire des athlètes, l’endroit où ils sont allé diner, à moins que la forme d’une lèvre ou d’un gland ne nous renseigne sur le niveau d’intensité des séances de fractionné.
Mais au nom de l’information et au nom du droit de l’opinion publique à tout savoir, on peut bien accepter quelque entorse à une notion, devenue aussi obsolète que dérangeante, qui s’appelait autrefois déontologie.
Il est des mots que les chasseurs de voix aimeraient tant voir disparaître qu’au lieu d’en effacer les lettres dans les dictionnaires, il s’emploie à en tuer l’esprit pour mieux agir en maître.
Prenez garde messieurs les producteurs de scandales que votre tactique de l’attaque agressive, pour le succès à tout prix, ne se retourne contre vous, car les footballeurs, dont je suis, connaissent cette loi élémentaire des stades et peut être même de la vie : A trop se découvrir pour la seule conquête de la fin par des moyens pas toujours honorables, on risque les désagréments de contres imparables qui, trop souvent pour les joueurs téméraires, transmutent les victoires conjecturées en défaites mémorables.
14:45 Publié dans Pendant la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : equipe, france, coupe du monde, football, médias, presse, scandale, politique, fédération |
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Le supporter et les marchands du temple...
Le douxième homme : le supporter, c'est autre chose que le fan affalé sur son fauteuil, la télécommande à la main...
Vouloir dresser le profil type du supporter équivaut à définir celui de l’humanité toute entière.
La magie du football opère bien au delà de tout caractère, de toute classe, de toute condition. Si l’enfant court vers le stade, il est bien souvent précédé ou suivi de son père, son grand père, sa maman, sa mamie, sa cousine, son ami, son frère, le voisin, le chauffeur du bus qui l’a déposé, le patron de son oncle, le ministre qu’il a vu à la télé, le chanteur qui le fait rêver…
Si la nature du joueur se révèle sur le terrain, l’attitude du supporter révèle la nature de l’homme venu assister à la rencontre.
Combien sont-ils ces introvertis qui se sentent pousser les ailes de la gloire, combien sont-ils ces extravertis que les larmes empêchent de prononcer le moindre mot devant un chef d’oeuvre de Zidane ? Combien sont-elles ces femmes, mères, épouses, qui détestent leurs maris vautrés dans le canapé, devenus aveugle et sourds pendant 90 minutes et qui, pour autant, se sont ralliées à la cause du football lors de notre seule et unique victoire de la Coupe du Monde ? Magie, magie, le supporter est partout, potentiellement partout et il suffit d’un événement particulier pour que celui qui décriait alors vingt deux abrutis courant derrière une balle, devienne alors le plus ardent défenseur de la cause du football.
Les supporters vont vers les terrains comme les pèlerins convergent vers leur centre spirituel. Aspirés, attirés, ils vont vers leur intérieur, ils vont vers leur centre. J’aime le supporter. Celui dont la vie est rythmée par la palpitation de son équipe, celui qui pleure des défaites et des victoires. Celui dont le regard s’allume dès qu’il pénètre aux abords du stade. Celui que l’on nomme le douzième homme.
Je sais que la société fait naître des éléments « monstrueux » de notre pollution humaine, comment en serait-il autrement… ! Mais malgré cette déviation inévitable, il n’en demeure pas moins vrai que, là comme ailleurs, pour une poignée d’âmes perdues, venues se défouler et évacuer un mal de vivre, la grande majorité des amoureux des stades apporte une énergie sans laquelle les joueurs de ballons seraient, à coup sûr, orphelins.
Lorsque je jouais, je les voyais se presser autour de la main courante, puis dans les gradins. Certains étaient d’anciens joueurs, d’autres encore, souvent les plus fervents, n’avaient jamais participé à une rencontre. Chaque fois, la même fraîcheur, des sourires, des mains qui se posaient sur moi bénissant mon entrée dans le temple. Que de regards j’ai pu croiser dans lesquels s’étaient endormis les rêves les plus fous ! Parfois je percevais le cri étouffé du désespoir dû au chômage, à la séparation. D’autre fois, l’odeur forte d’une vie d’alcool pour anesthésier des douleurs trop intenses, embaumait une accolade. Mais toujours, toujours, derrière ces masques, je percevais l’innocence de l’enfant.
Je sais que les stades sont devenus aujourd’hui de véritables camps retranchés et j’enrage de voir la ceinture de C.R.S entourer ces « temples » comme ils entourent d’ailleurs certains lieux de culte. L’analogie devrait nous donner à réfléchir. La responsabilité est à rechercher dans les causes, non dans les conséquences.
Combien d’orphelins de la vie viennent chercher un sens à leur devenir, combien, comme des animaux hurlant une douleur que personne ne veut plus entendre, se traînent dans les virages des stades : Dernière clinique offrant encore, fut-ce le temps d’un match, l’illusion d’une vie sans souffrance, ou du moins, une souffrance que l’on peut hurler, sans crainte d’être enfermé entre les quatre murs d’une cellule ou d’un centre psychiatrique.
Les supporters me touchent et la manipulation dont ils sont l’objet à des fins mercantiles devrait alerter davantage les pouvoirs publics. Les quelques « déséquilibrés », au sens strict de ce mot, ne sont pas autre chose que les victimes, ou plutôt le résultat de politiques comptables de l’univers professionnel.
Tout dans notre société moderne se réduit à l’efficacité, la productivité, le résultat. Les exigences du monde du profit à tout prix, se conjuguent mal avec l’esprit du sport. Quelqu’un m’a dit un jour, lorsque l’on veut dîner avec le diable, il faut une longue fourchette. Celles de certaines instances footballistiques sont souvent trop courtes…
Tout dans notre société moderne se réduit à l’efficacité, la productivité, le résultat. Les exigences du monde du profit à tout prix, se conjuguent mal avec l’esprit du sport. Quelqu’un m’a dit un jour, lorsque l’on veut dîner avec le diable, il faut une longue fourchette. Celles de certaines instances footballistiques sont souvent trop courtes…
Ce monde très particulier abrite trop de vendeurs de « chair humaine » dont les velléités s’accordent mal avec mon amour du ballon. Bien que minoritaires, ces commerçants déguisés, associés à quelques « fédératifs » trop bien nourris, ont eut raison de mon envie d’évoluer dans ce que l’on appelle, bien improprement à mon avis, le « football de haut niveau ».
Le football est une voie initiatique, pas une activité commerciale. Cette voie ne peut se satisfaire de marchands du temple et ceux qui l’empruntent doivent être qualifiés pour le faire.
Combien sont ils ces « grands argentiers » du football à s’abreuver de la sueur de nos jeunes héros ? Combien de parasites se remplissent les poches, vidant les coeurs pour s’abreuver de ce nectar divin ? Publicitaires, médias, hommes politiques de tous poils venus récupérer, à des fins électorales, une victoire, une défaite, un joueur…
Combien de ces vautours planent au dessus de l’enceinte sacrée ? Ils vous objecteront sans doute qu’ils servent la cause du football… Il serait plus juste de dire qu’ils se servent de cette cause et, la plupart du temps, à des fins peu honorables.
Je vais illustrer d’un exemple l’état d’esprit dans lequel s’est emprisonné le monde dirigeant du football actuel. Alors que je passais un diplôme d’éducateur, je me trouvais dans un centre de formation de jeunes joueurs. Comme chaque fin de semaine, les parents venaient chercher leurs progénitures. Quelle n’a pas été alors ma stupéfaction de surprendre l’altercation entre un formateur et un jeune à cause de l’oubli de son sac de sport « à l’effigie de la marque qui fournissait les équipements ». Il lui a été dit haut et fort que la prochaine fois, c’était l’exclusion du centre. J’étais assommé.
Je me revoyais, pieds nus, sur mon terrain vague algérien, disputant une rencontre de quartier pour une bouteille de sélecto, sous les hurlements des supporters locaux venus encourager nos efforts. J’avoue que cet événement m’a profondément marqué. Tellement que j’ai toujours enjoint les parents de jeunes joueurs à n’acheter que les équipements meilleur marché, convaincu que jamais l’équipement n’a fait le joueur.
Le « business supporter » est si juteux que les fumigènes que l’on condamne, sont vendus par ceux la même qui prétendent les interdire. Instaurer dans de telles conditions un code de comportement relève du miracle et je trouve que la délinquance de certains supporters est une délicatesse face à celle de ceux qui l’exploitent.
Malheureusement, ceux qui font commerce de l’humain ont compris, depuis fort longtemps, que la haine génère plus de profit que l’amour.
On a atteint de tels sommets que même les supporters finissent par être contaminés par le syndrome du résultat. Gagnez, sinon on ne vient plus vous voir ! Au lieu de laisser les speakers autour des stades haranguer les foules avec des slogans guerriers, il serait bon d’afficher, au dos des billets, un extrait, par exemple, du texte de Rudyard Kipling « Si… » :
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.
(Traduction : Paul Eluard)
11:04 Publié dans Pendant la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marchand, argent, football, afrique, france, fédération, amateur, démission, supporter |
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28/06/2010
Il était une Fois... Des marchands de Foi !
Lorsque j’ai publié mon premier essai en 2005 (Une balle pour la Paix - Football sport sacré ? Editions Mélanges), je ne pouvais supposer que cinq ans plus tard, une recrudescence de « signes extérieurs de religiosité » allaient à ce point marquer la coupe du Monde 2010.
La palme revient sans conteste à Diego Maradona, sélectionneur de l’équipe d’Argentine qui ne peut plus compter sur sa seule main pour conquérir son graal.
Pris d’une ferveur compulsive, il enchaine les signes de croix comme Eli Wallach, la brute dans cet inoubliable western spaghetti des années 70 « Le bon, la brute et le truand ». Notre Diego peut même s’enorgueillir du succès de ses incantations puisque non seulement son équipe enfile les victoires mais, de surcroît, elle a bénéficié, lors de son huitième de finale contre le Mexique, d’une intervention occulte qui a littéralement aveuglé un des arbitres de touche : Frappé d’on ne sait trop quelle amnésie providentielle, il a « oublié » le hors jeu de Carlos Tevez sur le premier but qu’il inscrit pour l’Albicéleste.
De là à penser que le nombre de signes de croix est déterminant dans le résultat des rencontres de son équipe, il n’y a qu’un « petit pont » que notre faiseur de miracle, à la main joueuse et pieuse, saura franchir sans états d’âme.
Ainsi, après le fléau qui s’est insinué dans le sport, par les nationalismes sectaires que nous avons dénoncés par ailleurs, (voir chronique « Coupe du Monde 2010 : la fin des équipes nationales) nous assistons aux manifestations de foi qui, de notre point de vue, loin d’exprimer la moindre intuition intime relèvent plutôt de la plus banale superstition…
Bien entendu, il ne s’agit aucunement pour ces « bondieusards » d’évoquer ce qui peut faire accéder à une quelconque transcendance mais bien de conjurer ce qui pourrait les empêcher de prendre le pouvoir. Car en définitive, c’est bien uniquement de cela dont il s’agit et je vous garantie que la manière importe peu à tous nos sélectionneurs, présidents de fédérations, ou ministres des sports et bientôt, au train ou vont les choses, aux ministres des cultes, avides de domination. Ce qu’il leur faut à tout prix et même à n’importe quel prix, c’est monter sur la première marche : Place au score !
Malheureusement, l’expérience nous enseigne que, quel que soit le domaine où la quantité prend le pas sur la qualité, les consciences se sclérosent et s’affrontent.
Loin de moi la volonté de dénier le droit de chacun à l’expression de sa foi, mais il me semble que lorsqu’elle est pure, elle ne s’embarrasse pas de tout cet attirail ostentatoire voire prosélyte qui s’affiche au bord des pelouses. Les signes extérieurs de religiosité sont à la foi, ce que le doudou est à l’enfant, un contre phobique. La différence réside dans les conséquences de ces déséquilibres.
Cette coupe du Monde 2010 offre toutes les surprises et celle-là est de taille. On s’interroge sur la pertinence d’un arbitrage vidéo, qui émeut jusqu’aux chefs d’états, mais pas une voix ne s’élève pour prévenir des dangers de ces manifestations de chapelles. Ces simulacres d’oraison devraient inciter à la prudence, les élites sacerdotales quelles qu’elles soient avant que les dérives de ces comportements immatures ne viennent polluer un peu plus les esprits les plus fragiles.
Si le Sacré inclut les religions, les doctrines et tout ce qui se manifeste en ce bas monde, il s’affranchit, « grâce au ciel », des petitesses dévastatrices des dévots de bistrots.
Encore une fois, il ne s’agit pas d’exprimer une quelconque révolte mais simplement de mettre en garde contre ces petits riens qui finissent par faire de si grands riens qu’ils accouchent d’immenses chaos.
Le football est, de notre point de vue, la manifestation incontestable du sacré. Cette notion a pour seule fonction de « rassembler ce qui est épars », de permettre ici ou ailleurs la conscience de la communauté originelle de tout être et de toute chose.
Le football offre à vivre la réalité des rencontres par la joie et le partage.
Nul ne sait, à l’heure où j’écris ces lignes, qui de l’Argentine, de l’Espagne ou de toute autre équipe emportera le trophée 2010, mais une chose est certaine, ni la croix, ni le croissant, ni aucune étoile du ciel ou d’ailleurs, aucun symbole, aucun signe, même gesticulé par des « singes de Dieu », ne décidera du résultat de cette coupe du Monde et ce, pour cette simple raison, que la foi est une oraison muette et silencieuse qui ne se nourrit d’aucune gymnastique frénétique et hystérique mais seulement d’intentions pures et de paix.
22:13 Publié dans Pendant la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : croissant, croix, croyance, foi, maradona, sacré, signe |
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