19/06/2010
Coupe du monde 2010 : la fin des équipes nationales !

Le concept de Nation qui a pris son essor au XVI siècle, a connu son apogée avec la révolution Française. L’Autorité spirituelle, qui jusqu’alors unissait des communautés de pensées, au-delà des lieux de naissance ou de résidences, a fait place à l’idéal patriotique.
Loin d’être rassemblés par la conscience d’une cause supérieure à l’individu, les nationalistes ont accouché d’une parodie de principe qui leur a permis de substituer habilement au concept de communauté de consciences, celui de communauté d’intérêts.
Le matérialisme croissant porté par la vague révolutionnaire a fini de recouvrir les derniers vestiges de l’Autorité spirituelle qui jusqu’alors organisait le monde. Fractionnées au gré du pouvoir des plus forts, l’appropriation des terres est devenu le jeu et l’enjeu majeur des ambitions cupides des princes sans couronnes.
Pourquoi cette l’évocation de cette genèse ? Pour nous alerter sur l’urgence à se départir des armes de destructions massives, que sont devenues ces armées en crampons, désignées par le terme d’ « équipes nationales ».
Ces bataillons de mercenaires, loin d’unir les peuples par le partage d’une passion commune, exacerbent les intérêts et les pulsions les plus inférieurs de notre nature humaine. On est en droit de vibrer à la vue d’un athlète qui possède la maîtrise de son art et en devoir d’encourager son œuvre, mais depuis quand ne faudrait-il manifester son admiration, qu’en fonction de la couleur du maillot des virtuoses ?
Qui a érigé en devoir de supporter telle ou telle équipe en fonction du seul critère imposé par la rubrique Nationalité figurant sur nos cartes d’identités ?
Comment, à l’heure où ceux là même qui nous gouvernent posent la question de « l’Identité Nationale », comment nos parangons de morale, scandalisés par le mutisme des joueurs à l’écoute d’hymnes, devenus soudainement sacrés pour l’occasion, comment nos gouvernants de salon sont-ils à ce point frappés de cécité, pour ne pas voir que leur Idéal National est en train d’imploser ?
Comment voudriez vous dans ce contexte de mondialisation, de métissage croissant qui fait évoluer un fils de turc en équipe Nationale Allemande, un fils d’Algérien en équipe de France, un fil de Sénégalais dans celle du Danemark, comment voudriez vous que soit indéfiniment validée cette absurdité ?
Sans vouloir vous importuner des avatars de ma petite vie, je suis contraint de vous livrer un peu de mon histoire personnelle afin de vous démontrer, si besoin était, l’inanité de cette notion obsolète et dévastatrice que constitue cette illusion qu’est la Nation et la folie qu’elle engendre.
Je suis de mère Française et de père Algérien et les seules émotions qu’ont jamais fait naître en moi ces deux cartes d’identités, se limitent à celle qu’a toujours provoqué leur présentation aux polices des mes deux « mère patrie ».
Pour le reste, le seul bonheur de ces appartenances accidentelles réside dans l’humanité que je partage de chaque bord de la Méditerranée avec celle et ceux qui ont su s’affranchir de ces chimères.
Les Nationalismes ne servent qu’à dresser les peuples les uns contre les autres afin de mieux les manipuler.
Oui, je peux pendant une même rencontre de football supporter alternativement l’une ou l’autre des équipes et ce, pour la simple et excellente raison que j’aime le football. J’aime le beau jeu indépendamment de la couleur du maillot, de celle de celui qui le porte ou le pratique. J’aime le football parce qu’il est un principe universel et unificateur. J’aime le football parce que sa nature nous affranchit des frontières sectaires et vulgaires des nationalismes criminels.
Non, je n’ai jamais chanté la Marseillaise* ou Kassaman* et j’en suis fier. Si mon père Algérien a versé son sang pour libérer la France du nazisme puis l’Algérie du colonialisme, ça n’était pas par patriotisme, encore moins pour la gloire des médailles qu’il a toujours refusées, mais pour la seule raison qui ait jamais prévalue à ses yeux, l’amour, la liberté et la dignité de notre humanité.
Ou alors dites moi comment faire communier deux équipes et leurs peuples autours de chants qui les invitent à s’entre tuer ?
KASSAMAN – Hymne national algérien
Texte : Le Poéte et militant nationaliste, Moufdi Zakaria, Le 25 avril 1955
Musique : L'artiste tunisien, Mohamed Tourki, et le compositeur égyptien, Mohamed Fawzi.
Traduction française
Par les foudres qui anéantissent,
Par les flots de sang pur et sans tache,
Par les drapeaux flottants qui flottent
Sur les hauts djebel orgueilleux et fiers,
Nous jurons nous être révoltés pour vivre ou pour mourir,
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Refrain : Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !
Nous sommes des soldats pour la justice, révoltés,
Et pour notre indépendance nous avons engagé le combat,
Nous n'avons obéi à nulle injonction en nous soulevant.
Le bruit de la poudre a été notre mesure
Et le crépitement des mitrailleuses notre chant favori.
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Refrain : Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !
Ô France ! le temps des palabres est révolu
Nous l'avons clos comme on ferme un livre
Ô France ! voici venu le jour où il faut rendre des comptes !
Prépare toi ! Voici notre réponse !
Le verdict, notre Révolution le rendra
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Refrain : Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !
Sur nos héros nous bâtirons une gloire
Et sur nos corps nous monterons à l'immortalité,
Sur nos âmes, nous construirons une armée
Et de notre espoir nous lèverons l'étendard.
Front de la Libération, nous t'avons prêté serment
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Refrain : Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !
Le cri de la patrie monte des champs de bataille.
Écoutez-le et répondez à l'appel.
Écrivez-le dans le sang des martyrs
Et dictez-le aux générations futures.
Nous t'avons donné la main, ô gloire,
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Refrain : Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !
LA MARSEILLAISE – Hymne national français
Le texte a subi plusieurs modifications de couplets.
On conte aujourd'hui 12 couplets et un couplet des enfants. La majorité des couplets n'est plus dans la version « officielle », celle que l'on trouve sur le site internet de l'Élysée. Seul le premier couplet est chanté lors des événements.
Deux couplets (les « couplets des enfants ») ont été ajoutés ultérieurement, dont l'un d'eux a depuis été supprimé de la version « officielle ».
Enfin, eu égard à son caractère religieux, le 8e couplet a été supprimé par Joseph Servan, ministre de la Guerre, en 1792. Un autre couplet a été supprimé car il a été jugé trop violent.
Sur la partition originale de Rouget de Lisle, on voit clairement écrit « Marchez, Marchez » au refrain, qui s'accorde avec « Formez vos bataillons », 2e personne du pluriel. La transcription officielle est pourtant « Marchons, marchons », qui tenterait d'établir une rime avec « bataillons » et « sillons ». En réalité, Rouget de Lisle était capitaine. Et en qualité d'officier, il commandait ses hommes. D'où la formule impérative. Néanmoins la Marseillaise est une marche et on peut imaginer que les soldats en manœuvre en reprenaient le refrain, en chantant "marchons" et non "marchez". Cette version se serait imposée par transmission orale.
La version dite « officielle » est la suivante :
1er couplet :
Allons enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie,
L'étendard sanglant est levé, (bis)
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes !
Refrain :
Aux armes, citoyens
Formez vos bataillons
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !
Couplet 2 :
Que veut cette horde d'esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ? (bis)
Français, pour nous, ah ! quel outrage
Quels transports il doit exciter !
C'est nous qu'on ose méditer
De rendre à l'antique esclavage !
Refrain
Couplet 3 :
Quoi ! des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ! (bis)
Grand Dieu ! par des mains enchaînées
Nos fronts sous le joug se ploieraient
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !
Refrain
Couplet 4 :
Tremblez, tyrans et vous perfides
L'opprobre de tous les partis,
Tremblez ! vos projets parricides
Vont enfin recevoir leurs prix ! (bis)
Tout est soldat pour vous combattre,
S'ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produit de nouveaux,
Contre vous tout prêts à se battre !
Refrain
Couplet 5 :
Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Épargnez ces tristes victimes,
À regret s'armant contre nous. (bis)
Mais ces despotes sanguinaires,
Mais ces complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !
Refrain
Couplet 6 :
Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs ! (bis)
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !
Refrain
Couplet 7 (dit couplet des enfants) :
Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus,
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus (bis)
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre
Refrain
14:03 Publié dans Après la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : coupe, monde, nationale, équipes, football, nationalité, identité, pays |
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16/06/2010
Vuvuzela, l’alarme du monde
Droits de la Photo à voir ICI
Il est toujours intéressant de tenter de voir au-delà des apparences.
Le bourdonnement incessant des « vuvuzelas » doit nous interpeller sur le sens que peut revêtir la manifestation d’une liesse dont la vibration résonne dans le monde.
Le son est la première manifestation de la vie. Nous même sommes soumis à cette loi qui fait que notre existence est la conséquence d’une harmonie vibratoire, sans laquelle nous ne serions qu’une possibilité, une virtualité. Mais voilà, quand l’harmonie accouche du son, elle dessine les contours de nos existences.
Mais alors me direz vous quel rapport avec de vulgaires vuvuzelas ?. Le rapport réside dans le fait que la masse exprime et conserve à son insu des trésors voilés destinés à être reconnus par celles et ceux qui quêtent inlassablement toute trace de l’harmonie primordiale, de l’arche d’alliance contenue dans ce saint des saints qu’est notre Humanité. Ne nous y trompons pas, l’endroit idéal pour préserver un trésor ne sont ni les coffres forts ni les bibliothèques mais le cœur des hommes.
Vuvuzela annonce et alarme le monde comme les trompettes de Jéricho résonnèrent autour de la ville.
Notre monde s’est rempli d’interdits comme Jéricho le fit en son temps. Le viol permanent de la vie, les crimes incessantss contre notre humanité, contre notre Terre Mère sont autant de signes, de marque, d’enfreintes à une harmonie cosmique qui nous a été offerte en partage et confiée en garde.
L’Afrique du Sud, terre de discriminations, nous rappelle le sens même de ce mot qui signifie jugement et le jugement précède toujours la sentence induite par la faute engendrée par une crise.
Cette crise que notre monde traverse est d’une autre portée qu’une simple dégringolade des monnaies et des marchés boursiers. Cette crise est bien plus profonde et les trompes qui annoncent un jugement prochain devraient nous alerter sur le choix qui nous est proposé.
Discriminer, c’est choisir et, de cette faculté offerte par notre libre arbitre, nous ferons de notre stade planétaire, soit un lieu d’échange et de partage pour inviter la Paix, soit le stade de la confusion ultime annonçant l’avènement d’Armageddon.
Quand les trompes se mettent à sonner, il est urgent d’entendre.
21:41 Publié dans Pendant la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vuvuzela, trompettes, monde, coupe, football, afrique, sud, bruit |
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13/06/2010
Le monde est en fête…Mais le monde est en deuil !
Photo de Sonia "petite fille en pleurs" sur un très beau blog intitulé "les couleurs du dragon. A voir ICI

Le monde est en fête…Mais le monde est en deuil.
Les images de nos stades en liesse, dont le bourdonnement saoule les corps, me renvoie aux images de marée noire et d’oiseaux englués de pétrole.
Le monde est en fête mais le monde est en deuil.
L’ouverture de la cérémonie n’a pu empêcher la fermeture du petit cercueil sur ce petit corps dont les racines encore vivantes symbolisent la lutte et la paix. Mr Mandela, j’ai mal avec vous. Je me demande si de toute les adversités celle-là n’est pas la plus éprouvante. L’apartheid, la prison, l’humiliation, votre pardon, votre panthéon et ce qui devait être votre apothéose se transforme en purgatoire ultime dont le sens appartient au mystère de votre destinée.
J’ai regardé toutes les rencontres de ce début de coupe et la qualité de jeu très embryonnaire ne permet pas encore d’en situer le niveau technique. En revanche, l’état d’esprit semble être emprunt de votre dignité Mr Mandela. Ce que je souhaite, au delà des résultats, des triomphes des uns, des déceptions des autres, ce que je souhaite c’est que chaque entraineur, chaque joueur, chaque supporter soit solidaire de vos affres et que la noblesse des comportements honore la grandeur de votre voie.
J’écoute les analyses et les commentaires avec l’égale indifférence que l’on se doit d’adopter face aux nationalismes primaires qui, pour moi, restent la menace majeure que doivent redouter les amoureux du sport.
Je constate l’engouement irraisonné de partisans prosélytes scandalisés qu’un Français ne soit pas supporter des Bleus ou qu’un Italien ne vibre pas aux seuls mots « Squadra Azura ». La seule union qui vaille pour moi est celle avec le beau jeu, le beau geste, l’engagement dans le respect pour une victoire qui fait grandir tout le monde.
L’accueil de l’Afrique est un cadeau pour le monde, la souffrance de Mr Mandela un rappel à l’essentiel, au miracle de la vie, si précieuse, si fragile, si belle, si, si ,si….
Et si nous mettions à profit cet évènement planétaire pour mieux nous en souvenir, et si le départ de cette petite fille était comme un SOS lancé en braille pour les aveugles que nous sommes. Et si l’envol de cet enfant était le symbole sacrificiel des bambins des townships pour rappeler à l’humanité qu’ils sont aussi notre avenir, un avenir que personne ne prend la peine d’inviter au jeu.
Le rêve, à portée de mains trop tendues, peut devenir cauchemar quand les bras grandissent. Attention messieurs les pourvoyeurs de paradis artificiels, ceux que vous laissez trop loin de votre Eden pourrait bien un jour prochain vous faire connaître l’enfer de leurs misères et de leurs frustrations.
Ecoutez, écoutez encore, cette fête mêlée de larmes sonne peut-être l’alarme pour nous sauver. Il faut prendre le temps d’interpréter les signes, il n’y a de hasard en rien et notre cécité intellectuelle ou notre fermeture de cœur ne sont que des handicaps ou des « blessures » que nous nous devons de soigner afin de ne pas laisser sombrer notre monde dans un mal incurable qu’aucun breuvage d’aucune coupe ne pourra plus soigner.
Merci Mr Mandela de nous offrir ce qui est peut-être votre ultime souffrance pour aider à préserver le monde de sa folie et pour le libérer de l’auto-apartheid dans lequel il s’est plongé depuis maintenant de trop nombreuses années.
19:25 Publié dans Pendant la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : enfants, afrique, sud, football, coupe, monde, deuil, avenir |
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11/06/2010
Football... Qui est l'entraîneur ?
L'entraîneur c'est celui qui sait et celui qui aime... Celui qui demande et celui qui donne... Celui que l'on respecte parce qu'il nous permet de donner le meilleur de nous-même... L'entraîneur est un homme, de ceux qui forcent l'admiration mais ne provoquent jamais la crainte, de ceux qui ont l'exigence des courageux et le courage des connaissant... L'entraineur ne confond jamais victoire et résultat et son goût pour la compétition ne se satisfait pas de la gagner de mauvaise manière... Combien y a t'il d'entraineurs qui satisfont à cette définition, au sein de nos clubs de football ?
Extrait du livre "Une balle pour la Paix - Football, sport sacré ?" de Tayeb Belmihoub - Editions Mélanges
Chapitre 5 page 55 "L'Entraîneur"
« Si le rôle du maître est bien de faire émerger le désir d'apprendre, sa tâche est de "créer l'énigme" ou plus exactement de faire savoir une énigme : en dire ou en montrer suffisamment pour que l'on entrevoie son intérêt et sa richesse et se taire à temps pour susciter l'envie de dévoilement. » Philippe Meirieu « Apprendre ... Oui, mais comment ? »
"J’ai connu le bonheur d’entraîner pendant quelques années des équipes amateurs. Quelques souvenirs impérissables m’ont démontré la valeur de l’épreuve pour élever sa conscience.
J’ai eu à m’occuper de jeunes, qu’une éducation déficiente et souvent douloureuse avait conduits en foyer social. Ni meilleurs ni pires que l’adolescent moyen, ils souffraient néanmoins d’un sentiment d’exclusion, exacerbé par les regards de défiance à la dérobée de la population locale. Ils subissaient même parfois des « biens pensant », une franche hostilité, comme si la détresse dans laquelle ils se trouvaient, les rendait responsables, voire coupables, de je ne sais quel crime ! Paradoxalement, la misère dérange plus ceux qui l’observent que ceux qui la vivent…
Le premier jour d’entraînement a toujours été pour moi, un moment crucial. Premiers regards, premiers mots et plus essentiel encore, premiers gestes. L’entraîneur, le transmetteur du savoir, celui qui prétend donner l’exemple, celui qui initie, celui que l’on doit respecter, croire, celui qui nous engage sur la voie…Celui là
doit être à la hauteur de sa tâche et de ses exigences. Il est d’abord un homme de geste car bien avant que le cri ne manifeste la parole, avant que le verbe ne chute dans le mot, le geste fût l’archétype de l’incarnation du verbe, langage primordial que tous doivent comprendre et entendre avec le coeur. Je ne peux oublier cet instant d’angoisse, où chaque geste, chaque mot, chaque regard doit refléter l’authenticité, la force de mon engagement et de mon serment.
Pour le reste, il serait bon que les éducateurs fassent preuve de plus d’humilité quant à ce qu’ils prétendent apprendre tant il est incontestable que certains joueurs viennent au monde avec un don qu’aucun entraîneur ne saurait jamais transmettre. La capacité à produire du beau vient du parfait, pas de l’homme.
Je disais donc que je donne bien plus que quelques heures de mon temps, je donne ma vie. Je me transforme en jardinier qui tantôt désherbe le mauvais geste, tantôt arrose des graines destinées à devenir les plantes que la vie appelle. Je sème, plante, récolte, déplace, replace, je veille. Je suis un serviteur de l’harmonie. Quand, sous mon regard émerveillé, les virtuoses de la balle offrent une symphonie que l’amour dirige, je sens monter en moi des larmes de bonheur. Je deviens le témoin de l’union, témoin de l’humanité devenue Une et Indivisible, témoin d’un miracle.
Il m’est trop souvent arrivé, avec ces adolescents à la personnalité fragilisée, d’avoir à arbitrer des conflits sur lesquels planait en prédateur, le spectre de la haine, séductrice implacable usant de son arme favorite, la division. Un jeune garçon, déjà plus marqué par la vie que bien des hommes, répondait au nom de Bastien. Son jeu était comme lui, impulsif, généreux, créatif, les hommes sont comme ils jouent. Bastien venait de subir une injustice flagrante, doublée d’un coup qui l’avait mis si hors de lui, qu’un flot ininterrompu d’injures jaillit du fond de sa douleur. Dire que sa réaction était la bonne serait valider la vengeance. Le temps n’était pas à la polémique, il importait pour moi que l’épreuve fasse grandir. Fusse dans une apparente douleur, il fallait que le conflit serve et l’agresseur, et l’agressé. Il est plus facile de se faire un ennemi que de finir par se faire aimer de lui.
Je pris Bastien à part et lui glissais à l’oreille des mots inspirés par l’urgence. Notre échange, je devrais dire à cet instant, notre communion, fut brève mais si intense qu’elle lui donna assez de courage et de confiance pour présenter des excuses à celui là même qui l’avait agressé. Bastien s’est présenté la main offerte et le coeur dedans pour rétablir la paix. Celui qui l’avait agressé fut aussi désarçonné que surpris par cette démarche. Leurs regards se sont croisés, leurs silences se sont parlés, ces deux adolescents ont grandi, et leur conscience s’est éveillée à la force du pardon, bien plus grande que la puissance de la haine.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la paix est le fruit d’un âpre et noble combat, pour parvenir à rétablir l’équilibre entre des forces antagonistes qui jettent le trouble et la confusion dans nos coeurs. Cette énergie me met en état d’urgence. Il me faut alors à tout prix réparer, soigner la blessure, la fracture qu’engendre le sentiment de haine.
Cette expérience n’est pas unique, loin s’en faut et nombre d’éducateurs pourraient vous en conter de plus belles encore si l’on passait plus de temps à montrer ce qui unit au lieu de monter en épingle ce qui divise. J’ai eu, dans un registre analogue, la joie intense d’entraîner l’espace d’une demie saison, un club de la banlieue parisienne, des seniors24, où un condensé de personnalités très fortes et au passé déjà très lourd, venait « s’affronter » sur la pelouse. Le rituel de mise en confiance du premier jour était toujours le même : montrer par le geste que je n’étais pas un imposteur. Il s’agissait d’un club de district du Val d’Oise. Les débuts sont souvent difficiles, mais après quelques séances et quelques matchs, j’obtins qu’aucun joueur ne pénétra dans l’enceinte du stade la cigarette à la main, qu’aucun ne profère d’injure sur le terrain et qu’aucun ne soit jamais en situation de mériter un avertissement.
Lors de chaque rencontre, je mettais mon plus beau costume du dimanche pour les honorer comme le ferait l’entraîneur d’un club professionnel. Je considérais qu’ils méritaient encore plus que je fusse digne de l’effort qu’ils allaient produire. Effort physique, mais bien plus encore, combat contre eux-mêmes, pour vaincre des tendances qui les incitaient à des comportements que je jugeais inacceptables sur le rectangle vert.
Nous étions premiers à la mi-saison, sept avaient arrêter de fumer et plus encore, apprenant que la rémunération qui m’était versée ne couvrait pas mes frais de déplacement - je parcourais 300km pour les entraîner -, ils proposèrent de m’abandonner leurs primes de match ! Comment ne pas être bouleversé par tant de noblesse, de générosité et de grandeur ? Sont-ils nombreux, les chefs d’entreprises qui se voient offrir, par leurs employés, leurs salaires pour continuer à diriger leurs entreprises ? A l’inverse, combien de chefs d’entreprises sont prêts à tout donner pour veiller à l’harmonie de leur équipe ? Les lois du marché économique dictent leurs règles. Règles fluctuantes qui déstructurent les bases les plus élémentaires de la vie en communauté. Chacun pour soi sans même Dieu pour tous.
Une équipe de football est comme l’humanité, Une dans son essence, multiple dans son apparence. Veiller les uns sur les autres, être à l’écoute les uns des autres. L’équilibre est à ce prix. Le collectif, n’est pas du « collectivisme », c’est la volonté de mettre chaque note en correspondance avec celle qui la fait résonner le mieux. Vaste entreprise mais si passionnante qu’elle est ma raison de vivre… A l’heure où les sociétés dans lesquelles nous vivons accouchent d’individus continuellement frustrés de leurs rêves, le terrain de football permet à chacun d’évoluer à sa meilleure place : celle où il se sent le mieux.
Combien sont-ils ces avocats qui rêvent d’être potiers, ces médecins d’être comédiens, ces comédiens de devenir charpentiers ? Qui et quand leur a-t-on donné la chance d’évoluer à leur poste, selon leur nature profonde ? Trop rarement, car si tel était le cas, le monde tournerait aussi rond qu’un ballon.
Ce monde est peuplé de gardiens de but, de défenseurs, de milieux, d’attaquants, d’arbitres, de soigneurs. Ce monde est foot !"
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