27/10/2010

Après l'Afrique du sud, les Terrains de la Paix en Seine & Marne

 

ZT9.pngLe retour d'Afrique du Sud (Danone Nations Cup 2010) n'a pas été facile, parce que quitter ce pays c'est un peu comme quitter une "terre mère"... Les moments vécus dans l'Orlando Stadium sont inoubliables et les Terrains de la Paix y ont trouvé une juste place et un magnifique terrain de jeu entourés par 1500 enfants venus du monde entier, salués par leur parrain et par le peuple africain...

Me voici de retour sur les terrains et à compter du 5 novembre prochain, je vais avoir le bonheur de vivre quatre semaines en immersion complète dans trois clubs de football en Seine et Marne.

Trois clubs adhérant au concept des « Terrains de la paix » dont l’objectif est l’éducation par le sport.

Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous ? Presque, car notre démarche, loin de se limiter au seul rectangle vert, a plutôt pour but de s’en éloigner pour y revenir avec un état d’esprit fondamentalement différent.

Notre démarche invite donc à sortir du cadre trop étriqué des techniques et des tactiques, des résultats et des classements, des affrontements et des sectarismes pour inviter au « lâcher prise » d’une pression dévastatrice d’un univers de rencontres transmuté en terrains de combats.

Je vais, pendant cette immersion, inviter tous les protagonistes à prendre conscience que pour servir le football, il faut apprendre à ne pas l’asservir.

Nous allons donc parler du monde, de la société, de la faim, des exclus, des malades, des élus, des chômeurs, des patrons, des prophètes, des icônes, du théâtre, du racisme, de la xénophobie et tous les sujets que les éducateurs, joueurs, dirigeants auront envie d’aborder. Pourquoi ce tour d’horizon si vaste pour en revenir au ballon ? Tout simplement pour prouver que le beau jeu, le noble jeu s’alimente plus des consciences éclairées que des egos exacerbés.

L’équilibre du monde passe par celui des hommes et la lucidité apportée par le calme d’un individu plus éclairé retentit sur chaque acte de sa vie et en particulier sur les moments où les enjeux font parfois tanguer le navire de son harmonie intérieur.

Notre équipe de France n’a pas sombré à cause de son football, elle a sombré du fait de son manque d’éducation. Le sélectionneur de l’époque, emprisonné dans la cellule de son mutisme et de son narcissisme a fini par tirer, non pas le meilleur de ses joueurs mais le pire jamais exprimé.

Le jeu, et le football en l’occurrence, n’est qu’un vecteur, un moyen, un outil pour exprimer, œuvrer, élever l’édifice de ce que nous sommes en tant qu’être humain. Nous prouvons chaque jour avec les Terrains de la paix qui se mobilisent avec une générosité et un engagement sans égal, que le monde change dès que nous prenons la décision de changer notre regard sur lui.

ZRBIS7.pngL’éducation est une élévation pour prendre la distance nécessaire à une observation plus juste des choses.

Voilà pourquoi je suis à la fois impatient et heureux de ces moments unique d’humanité que je m’apprête à vivre. Le football est à la fois médecin et remède pour peu que l’on prenne soin de ne pas le cantonner à des batailles d’ego entre aveugles et sourds au miracle de la vie.

Accueillir, encourager, partager, s’engager, se respecter pour accéder à une victoire qu’aucun tableau ne pourra jamais afficher, le graal des antiques chevaliers, la coupe des mondes : le triomphe de notre humanité retrouvée.

 

17/06/2010

Luc Ferry, culture ou inculture du sport ?*

*En réaction à la chronique de Monsieur Luc Ferry dans le Figaro du 17 juin p.15 - A lire ICI

C’est un penchant bien connu des sophistes d’affirmer tout et son contraire.

Nombreux sont celles et ceux qui, de nos jours, se parent du titre de philosophe et prétendent faire autorité en toutes matières. Monsieur Ferry ne déroge pas à cette triste règle et sa chronique parue dans le figaro prouve, si besoin était, la faculté avec laquelle certains s’arrogent le droit d’asséner des points de vue aussi stériles qu’inutiles sur des sujets dont, à l’évidence, ils ne possèdent aucune maîtrise.

Comment peut-on espérer résoudre un problème en posant d’aussi mauvaises questions ou, pour accorder le crédit de la méconnaissance à Monsieur Ferry est ses semblables, comment peut-on les poser aussi maladroitement ?

Monsieur Ferry, vous qui avez été ministre de l’Education Nationale ne pouvez, à ce point, confondre l’Idée et sa représentation, la fonction et celui qui l’incarne, le foot de quartier ou d’école et l’Equipe de France. Stigmatiser les uns à cause des travers des autres relève d’une préoccupante myopie intellectuelle. Vous agissez comme ceux qui, ne voyant plus la lumière, finissent par en nier l’existence.

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Non, Monsieur Ferry, le sport ne se limite pas aux clichés que vous évoquez, non Monsieur Ferry, dans les prisons où notre association travaille, il n’y a pas de place pour les dérives que vous décrivez et qui, pour existantes qu’elles soient dans le monde dessiné par les médias, sont loin de se limiter à ces déviances. Réduire aux seuls clichés médiatiques les vertus d’une activité humaine essentiellement aussi noble est absolument désolant et votre confidence ultime concernant votre inclinaison personnelle vers la formule 1 ou les matchs de prestige ne change rien à l’affaire.

Pour ce qui nous concerne, loin de nous arrêter aux seules apparences colportées par les faiseurs de scandales, nous connaissons les bienfaits réels d’une éducation par le sport qui, loin de se limiter aux seules considérations morales, permet de transmettre la conscience du lien entre tous et la nécessité de la cultiver pour la renforcer et la préserver. Notre association œuvre au quotidien dans les clubs, les prisons, les écoles, partout où l’on nous accorde la possibilité de transmettre par le jeu, ce que l’école peine à enseigner par la contrainte.

L’aspect enjeu et même compétition ne nuit en rien au dépassement de l’individu à condition de transmuter la vision agonale, dont on a injustement affublé le sport, en vecteur d’échange, de partage, de paix.

Le sport est effectivement ce que l’on en fait et la vision que l’on a des choses dépend aussi de notre aptitude et de notre volonté à les appréhender.

Ainsi, Monsieur le ministre, plutôt que de décrier ce qui fait rêver les enfants, plutôt que de mettre l’accent sur les seuls aspects pervers et pervertis de tel ou tel sport, je vous suggère de nous aider à parfaire et à continuer notre action pour extirper des mentalités la seule vision guerrière qui prévaut de nos jours, afin de transmuter les affrontements en rencontre, les adversaires en concurrents, certaine victoires en défaites et certaines défaites en victoire.

Quand aux talents naturels dont bénéficient certains « élus » que vous incriminez, réjouissez vous plutôt de cette aubaine et enseignez à l’élu comment faire œuvre de grandeur en ajustant son effort au niveau de don qui lui a été offert afin que tous en bénéficient.

Les déviances qui habillent le sport, la politique, l’éducation, l’environnement ne doivent pas être prétexte à renoncer et encore moins à rendre responsable de tous les maux ce que nos inconsciences entachent.

Le monde prend la couleur que nous lui donnons et la rivière où les poissons meurent ne porte pas le responsabilité de la pollution.

Je vous concède volontiers que les plans de conscience des footballeurs ne souffrent pas la comparaison avec le Christ, Galilée, Hugo ou De Gaulle mais est-il bien raisonnable d’établir ce genre de comparaison ? Les plans d’action de ces personnages ne sont déjà pas comparables entre eux, bien que pour ce qui concerne le Christ, il n’est pas certain qu’il ne soit pas plus près d’un Messi, ( pardon pour le jeu de mot bien involontaire), que d’un De Gaulle car le stade est un lieu de communion bien plus vivant que ne le sont les lieux de cultes, les assemblées politiques ou les laboratoires de recherches.

Monsieur Ferry, j’espère sincèrement que votre vision parviendra à s’ouvrir, au-delà de l’écran déformant, sur l’univers de grandeur, de noblesse et d’espoir qu’est le sport.

L’ancien footballeur professionnel que je suis, l’éducateur que je prétends être et l’homme que je tente de devenir vous invitent à plus de mesure avec la conviction que, fort de cette prudence, lorsque vous ne serez plus qu’un souvenir, certains s’aventureront à déclarer que vous étiez l’inlassable quêteur d’une sagesse à laquelle vous saviez que l’on ne peut que prétendre…