22/06/2010
Se souvenir des belles choses...
Il y a des jours où l'on s'en veut d'être « comme tout le monde »...
Comme tout le monde depuis des années je peste contre Domenech, comme tout le monde je ne parviens pas à comprendre comment une bande d'incompétents dirigent toutes les fédérations du monde, comme tout le monde j'ai acheté L'Equipe pour sa Une racoleuse, comme tout le monde je me suis précipité dans les pages intérieures pour y lire la transpiration du vestiaire, et comme tout le monde j'ai eu honte de ce que j'ai entendu et plus encore d'avoir tendu un œil voyeur, comme tout le monde....
Comme tout le monde j'ai pesté contre le voyage des poules de luxe venues rejoindre leurs petits coqs, comme tout le monde je suis resté dubitatif quand j'ai vu nos stars se donner bonne conscience au milieu des townships délivrant ça et là quelques autographes que maintenant les enfants vont probablement jeter à la poubelle en même temps que leur rêves.
Comme tout le monde j'ai condamné l'attitude démagogique d'une secrétaire d'Etat mise en quarantaine par une sélection vexée, et comme tout le monde, je me suis offusqué d'apprendre que madame-sans-gêne avait retenu puis annulé, mais trop tard, une suite à l'hôtel pour ne pas y coucher.
Comme tout le monde je n'en peux plus de voir madame « vaccin contre la grippe » se fendre d'analyses footballistiques en compagnie d'un Mr Identité Française convaincu de sa pertinence en toutes matières. Comme vous tous j'ai moins regardé les rencontres ces jours derniers. Comme vous tous, des amis m'ont appelé. Anciens joueurs comme moi ou éducateurs comme moi ou simples citoyens comme moi, ils m'ont appelé pour me demander un avis, un conseil et comme vous tous, je leur ai livré mon dégoût, mon intention de tout plaquer, de ne même plus regarder, de ne plus me mêler de football convaincu que tout est devenu tellement lamentable que plus rien n'y pourra rien changer.
Vous voyez que de ce point de vue au moins, la vision de cette médiocrité offre l'opportunité de créer un peu d'unité.
Tous ensemble nous avons condamné ce spectacle affligeant d'un groupe fissuré, apeuré, sans gouverne, sans noblesse, sans générosité, sans.... Un peu à l'image de notre France, sans projet commun et de plus en plus divisée.
Alors, j'ai dis j'arrête tout, moi aussi je jette mon chrono, moi aussi je démissionne de la présidence de mon association, moi aussi j'envoie tout balader pour m'occuper de théâtre, de lecture, de voyages, de moi quoi.
Et puis, hier en fin de journée, le 21 juin, jour le plus long de l'année ou presque, j'avais rendez-vous chez Danone pour préparer la prochaine DNC (coupe du monde des benjamins), à laquelle vont participer 40 pays du monde en Afrique du Sud et parrainée par Zinédine Zidane.
Alors, je me suis souvenu du regard de tous ces gamins que des années durant j'ai eu la joie d'entraîner, de leur espoir et du bonheur qu'ils m'ont offert certains soirs où ma vie d'homme penchait un peu de côté.
Je me suis souvenu de France 82 et de la victoire dans la défaite, des larmes du carré magique, je me suis souvenu de France 98 et de la liesse dans les rues de notre pays et de l'étreinte de cette octogénaire me racontant la fête de la fraternité d'une France libérée.
Je me suis souvenu que la solidarité sur le terrain c'est de compenser l'erreur de nos partenaires avant qu'elle ne devienne une faute, je me suis souvenu des belles choses et hier, j'ai rallumé la télé. Hier, j'ai vu David Villa et l'Espagne nous régaler, j'ai vibré de nouveau des "une deux" de Xavi, Puyol ou Piqué, j'ai effacé les titres racoleurs d'une presse trop pressée et je me suis souvenu des belles choses.
J'ai nettoyé de mes pensées la marée noire venu s'échouer jusque sur les terrains du Cap et de Pretoria, j'ai asséché les larmes des enfants des townships, qui ne pourront pas venir assister aux rencontres des privilégiés, j'ai débloqué de mon espoir le blocus de Gaza où j'ai construit un «Terrain Pour la Paix» sur lequel aucune balle tirée ne blessera jamais, j'ai décidé de ne me souvenir que des belles choses.
Voilà comment d'un cauchemar on peut accoucher d'un magnifique rêve alors, pour les quelques heures qui nous restent avant la rencontre de ce soir, souvenons-nous des belles choses, espérons et rebâtissons ensemble cette Douce France, souvenir de notre enfance bercée de tendre insouciance qui somnole dans nos cœurs....
10:04 Publié dans Pendant la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : équipe de france, éthique, townships, football |
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