24/06/2010

Ma ferme célébrités...Rêvée !

342563-la-ferme-celebrites-en-afrique-637x0-1.jpgCe matin, je me suis réveillé heureux et plein de joie.

Ma nuit pourtant a été courte car je peinais à trouver le sommeil, alors, plutôt que de compter des moutons, je me suis amusé à compter des chèvres mais pas n’importe quelles chèvres, des chèvres tricolores qui, pendant cette coupe du Monde, et depuis bientôt quatre ans, ont réussi l’exploit de nous faire croire qu’ils étaient des lions.

Mes petites chèvres allaient bêlantes dans un grand champ et moi, épris d’une soudaine affection pour elles, j’ai été pris de l’envie de leur donner à chacune le nom qui leur correspond :

J’ai d’abord baptisé le groupe des petits boucs avec, à sa tête, le vieux Raymond, l’émissaire puant d’égo, l’air suffisant et puis Jean pierre, la corne molle et le sabot peu reluisant. Il y avait Gérard, le bouc de l’ombre, la barbichette cherchant toujours le sens du vent, enfin Aimé, l’ancien, devenu chef par accident, toujours soumis aux évènements. D’autres petits boucs sans noms, moins imposants, presque transparents, se contentaient d’être présents.

Tout prêt de ces chefs de clan, mes petites biques allaient gaiement avec, à leur tête, la Roseline grasse et hautaine, fière comme Artaban, sans doute la favorite d’un bouc illustre absent du groupe, momentanément. La Rama, autre favorite du bouc absent, boudait dans son coin, mise à l’écart, sûrement pour quelques uns des ses errements, récurrents.

Derrière, autour, à côté de ces bêlantes de haut rang, broutait le gros du troupeau, j’ai continué de nommer, un peu au hasard, comme le fut la création par Adam : Toi, tu seras Franquinette la biquette un peu bébête. Toi tu seras Nicolette, bique rude comme un bouc, la corne raide et l’air méchant. Toi, qui veut bien brouter ici mais jamais là tu seras Florentinette. Toi, pleine d’allant et l’air content tu seras Jérémiette. Toi, tu seras Sydnette un peu perdue, à contre temps et toi Williamette un peu coquette toujours boitant, et toi… et toi… et toi….

Chacune de mes créatures portant enfin son nom, je me suis abandonné dans les bras d’un Morphée tout de miséricorde et de charité. Il m’a offert un rêve que je vais, séant, vous conter :

J’étais au beau milieu d’une contrée dont je savais, comme on sait dans les rêves, qu’elle n’avait pas de frontières, des gens venaient vers moi, m’offrant à boire et à manger. Par la douceur de leurs regards, ils me transmettaient le pouvoir de les comprendre. J’étais invité à la promenade, quand au détour de nos déambulations, nous sommes arrivés sur un terrain vague où des enfants pieds nus partageaient une boule de chiffon ronde comme un ballon. Ils avaient le torse à l’air sous un soleil de plomb et un ciel d’azur. Un public nombreux et passionné encourageait les ébats. Ruisselants de bonheur autant que de sueurs, les enfants se donnaient corps et âme avec une noblesse dont on me disait, comme on nous dit dans les rêves, qu’elle était l’héritière de l’antique règle de la chevalerie :

Pas un coup bas, pas une injure, pas une petitesse, pas un joueur qui ne tomba sans qu’un autre ne le relève et ce, qu’il soit ou non son partenaire.

Pas une contestation envers l’arbitre qui pourtant je le voyais bien, se trompait de temps en temps.

Pas une belle action que tous dans le public n’encourageaient.

Entre les courtes pauses, pas une bouteille d’eau qui circula sans qu’elle ne fut partager, pas un tirage de maillot, pas un tacle dans le dos ni dans les faits, ni dans les mots.

Les entraineurs applaudissaient chaque belle action, quelle que fut l’équipe qui l’exécutait, ils se regardaient complices et fiers de voir éclore tant de talent.

Le non-temps aidant, car les rêves nous affranchissent du contingent, j’étais certain de connaître cet endroit. La clameur s’amplifiait et, la fin de la partie annoncée, je vis s’approcher un vieil homme la barbe blanche et le turban immaculé, portant dans ses longues mains un plateau d’argent sur lequel trônait, comme un trophée, une bouteille de verre. Sur ce trophée d’un autre temps était gravé en lettre d’or un nom : SELECTO.

Soudain, tout se transforma, comme toujours dans les rêves, et je reconnus instantanément le terrain vague de mes sept ans et la bouteille de Sélecto, « coca des pauvres », que l’on se partageait à la fin des mi-temps. J’étais en Algérie, à El Biar, quartier chic des hauteurs d’Alger où, après l’indépendance du pays, ma famille était venue habiter.

Je me voyais courir moi, le petit « roumi » comme on m’appelait, à cause de ma tête de bon français. Je me voyais dribler, passer, marquer dans un but sans filet, fait de deux pierres au sol. Pas de gradins mais du public, les parents, les amis, les voisins et même mon petit chien kiki.

Les scènes se succédaient, comme dans les rêves, sans aucun ordonnancement. A la fin, j’ai revu mes copains m’étreindre et pleurer alors que je leur annonçais que je devais les quitter et rentrer en France, pays de ma mère, pour qu’elle y reçoive des soins très urgents.

A cet instant, sans doute à cause de la violence de ce moment, je me suis réveillé.

Paradoxalement, malgré la nostalgie de mes sept ans, je me suis senti le cœur léger et plein d’espoir pour continuer à avancer. Je me suis souvenu de mes chèvres comptées et j’ai souris à l’idée que de leur défilé soit né un rêve d’une étonnante beauté.

J’ai instantanément compris que peu m’importeraient les déballages et les quatre vérités de quelques joueurs frustrés, de la ministre, de la Fédé, puisque de mon côté, je n’en reconnaitrais qu’une, celle au service de l’harmonie pour l’unité retrouvée de notre humanité.

Je me suis promis de faire silence dans ce tumulte d’insanités et plutôt que de maudire l’obscurité, j’ai décidé d’allumer une bougie pour que notre monde soit mieux éclairé.