03/06/2010

La Balle pour la Paix fait des petits...

carte ubpp4.jpgParce que la balle, ronde comme le ventre d'une mère, berce Tayeb Belmihoub depuis sa plus tendre enfance, parce qu'il lui doit les plus beaux et les plus purs souvenirs et émotions de sa vie, il a décidé de donner aux enfants "la Balle pour la Paix" afin qu'à travers et pour eux, elle fasse le tour du monde. Ilot d'innocence dans un sport entaché du désir, trop souvent obscur, des argentiers du football qui ont oublié leur âme d'enfant...

Le coup d'envoi sera donné le jour de la finale de la Coupe du Monde 2010 par les enfants de l'Ecole des futurs talents de Kisangani au Congo.

Comme cela a été annoncé il y a 3 ans, maintenant que la Balle pour la Paix a grandi, elle peut faire des petits, que voilà, que voici :

Des enfants, un ballon, une photo et un message pour la Paix... viendront alimenter le blog de La Balle pour la Paix fait des petits...

carte ubpp5.jpgL'exposition photos et messages qui en découlera sera transportée comme prévu partout où la Paix a besoin de la voix et des messages de Paix des enfants du monde : Ecoles, assemblée nationale, UNICEF, ONU, Maison des enfants, Prisons, Bibliothèques, organismes gouvernementaux, tribunaux...

Enfants, dans votre famille, à l'école, dans votre club de football... Participez à la paix dans le monde de demain qui sera le vôtre : Des enfants, un ballon, une photo et un message pour la Paix... à envoyer par mail ICI

Extrait du livre "Une balle pour la Paix" Tayeb Belmihoub - Editions Mélangeswww.fnac.fr

La balle qui m’a engendré…( )

Celui qui maîtrise l’objet de nos rêves inspire souvent plus de respect que de haine. La magie ducarte ubpp2.jpgballon, c’est cette puissance à unir les hommes par la force d’un « non agir » qui induit tous les possibles. Qui de nous n’a pas rêvé de cette communion absolue avec l’objet de son désir ? Union parfaite et ultime où l’autre n’est même plus un souvenir. Eternel présent qui s’affranchit de toute dualité. Tout, partout, tout le temps, éternellement…

Tel est cet instrument mythique qui organise ceux qui en jouent ! Cette magie, ce ballet ballon, envoûta à l’époque de mon enfance algérienne, mes ennemis. Celle qui « marie » avait fait son oeuvre, son alliance inaltérable eut raison de toutes les haines.

Enfant, j’imaginais l’espace, la balle le créait. Je n’ai jamais plus connu la solitude depuis que cette compagne s’est manifestée. Je ne savais pas encore que notre univers était peuplé de ballons par la volonté de cet « entraîneur » des mondes, orchestrant un gigantesque match aux règles parfaites, rythmé par autant de mi-temps que de cycles traversés par l’humanité.

Je suis un enfant de la balle. Cette balle offerte en symbole de l’énergie qui manifeste le monde.carte ubpp12.jpgCette balle qui se plait à épouser le mouvement de nos rêves. La « ronde », ma balle, matrice universelle, forme envoûtante, dont la seule présence rend l’homme intelligent. Sans elle sur un terrain, il s’agite, avec elle, il s’ordonne. En elle sont inscrits les noms de tous les joueurs, nés ou à naître, célèbres ou anonymes, en elle sont inscrites toutes les combinaisons ou figures de jeux que les plus illustres pratiquants, ou les plus humbles prétendants, ont effectué et effectuerontdepuis et jusqu'à la fin des temps.

J’en ai passé des heures à tenter de la maîtriser, à tenter de me maîtriser. Cet objet de toutes les convoitises, oriente et rythme ma vie. J’ai conservé intact le souvenir de ces soirées passées à dribbler mon chien Kiki sous un dôme éclairé par la lueur d’une lune plus ronde que la boule de chiffons improvisée qui me servait de ballon. Les odeurs de jasmin embaumaient mon Eden où coulait une rivière de paix, balisée par des lucioles angéliques et protectrices de ce bonheur d'enfant.

Comment dès lors ne pas remercier tout ce qui nous permet de devenir, plus noble, plus grand, plus fort ? Comment ne pas vénérer ce qui nous permet de découvrir ce maître intérieur qui polit nos consciences ?

Cet état d’innocence, le paradis, où nulle question ne se pose, où l’éternel présent ne nous a pas encore séparés de l’univers… J’étais l’univers, j’étais le ciel, la lune et les étoiles, j’étais le doux jasmin et le chaud sirocco qui caressait les fruits trop mûrs du verger, j’étais le principe et son symbole, j’étais la balle.

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carte ubpp3.jpgcarte ubpp8.jpgcarte ubpp14.jpg

Copyright Tayeb Belmihoub 2006

Pour acquérir les cartes postales "Une balle pour la Paix" envoyer un mail ICI

Nous vous enverrons le catalogue des phrases et vous pourrez choisir vos cartes postales

en toute tranquilité. Vous les recevrez sous 15/20 jours à réception de votre règlement.

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26/05/2010

La Balle pour la Paix rencontre un Maître spirituel...

cheikh.jpg"Monsieur Mandela n'ayant pu encore recevoir la Balle pour la Paix...

Cheikh Khaled Bentounes, maître spirituel et Président fondateur des Scouts musulmans de France, a donné le coup d'envoi d'une nouvelle route de Paix en adressant la balle, à Monsieur Al Gore...

Très attaché à l'éducation de la jeunesse et au respect de l'environnement, le Cheikh Bentounes a choisi l'arrivée de la Flamme de l'Espoir à Paris pour devenir le 3ème passeur de Paix de la seule balle que tous auront tirée pour ne jamais tuer !"

Autant vous dire que lorsque j'ai entendu ce message, mon coeur de balle s'est mis à battre très fort. Je ne sais pas pourquoi mais rencontrer un Maître spirituel, un sage est émouvant...

J'ai toujours pensé que rencontrer un maître, c'est un peu recevoir de son influx, de sa sagesse mais c'est aussi se retrouver un peu "à nu" sous son regard fut-il bienveillant !

Nous voici arrivés, Tayeb me pose sur une chaise pour dire bonjour au Cheikh qui... Se saisit immédiatement de moi, me regarde, m'observe, me salue en quelque sorte... Je me sens envahie d'une grande tendresse, d'une bienveillance paisible... Paisible ! Pour moi qui suis la Balle pour la Paix, ces instants d'interviews vont bien au-delà des mots...

Puis c'est le moment. Je vais enfin savoir où je vais repartir, rouler, rêver... Ce seront les Etats-Unis et Monsieur Al Gore !!!

Alors le cérémonial recommence, le Cheikh me lance symboliquement vers le prochain passeur... Ainsi soit-il ! Amérique me voilà...

"Je vous le dis : regardez au loin, au-delà des cailloux sur votre chemin, voyez où le chemin mène et avancez avec courage. Vous rencontrerez d’autres personnes sur le même chemin ; aidez-les en passant."

Lord Baden-Powell

Fondateur du Scoutisme

 

logo_lfem3.jpgAprès la « Flamme de l’Espoir 2007 » commémorant le centenaire du scoutisme Mondial et le premier camp Scout Musulman Européen de 2008, les Scouts Musulmans de France en 2009 ont sillonné le Maghreb, associés au flambeau olympique offert par la Grèce à la France et prêté gracieusement par le Comité Olympique Sportif Français.

Les SMF ont transmis le message de la Flamme de l’Espoir à tous les enfants et jeunes de cet espace culturel commun. L’histoire témoigne que l’Orient et Occident ont su, un jour, se rencontrer, développer des échanges complémentaires et harmonieux, et fonder un patrimoine commun.

La Flamme de l’Espoir Méditerranéenne s’inscrit dans cette perspective historique. Elle va permettre un réel dialogue entre les jeunes mais aussi de développer, grâce aux pratiques scoutes, des échanges fructueux. Nous devons être à l’écoute des besoins et des souhaits de chacun. Nous souhaitons ainsi contribuer à la reconstruction d’un pont fraternel entre l’Orient et l’Occident afin qu’il n’y ait plus de conflits. Puissions-nous enfin vivre tous ensemble dans le respect des uns et des autres !

Nous voulons transmettre cette Flamme, porteuse de vie , symbole de l’espérance d’un monde meilleur, d’un avenir avec plus d’humanité ou chacun pourra trouver sa place.

 

"La Flamme de l’Espoir Méditerranéenne allumée Un pont entre les 2 rives de la Méditerranée !"

20/05/2010

La Balle pour la Paix rencontre Zinédine Zidane à Madrid !

l_00427342.jpgJe suis ronde, blanche, vierge, sans virgule et sans bande, sans signe distinctif autre que le symbole que je représente : La Paix.

Mon destin est simple et divin à la fois, je vais tourner autour du monde pour symboliser à travers différents passeurs, la paix à retrouver, celle à conquérir ou celle conquise...

Je suis, la Balle pour la Paix !

Nous sommes en 2006...


Je suis arrivée en avion à Madrid, entourée de toutes les attentions, portée ici et là, par celui-ci et celui-là... Protégée, regardée et enfin emmenée vers le club le plus couronné au monde : le Real Madrid, le "Royal" Madrid !!!... Elu meilleur club du xxe siècle par la FIFA, le Real a remporté 31 titres en Liga, 17 Coupes d'Espagne, un record de 9 Ligues des Champions et 2 Coupes de l'UEFA.

Le club de mes rêves qui comme moi évolue en blanc...

Aujourd'hui est un douloureux lendemain d'élimination de Coupe d'Europe pour le Real. Alors que toutes les télévisions, les caméras du monde entier sont sommées de quitter les lieux, j'aperçois dans le ciel l'hélicoptère de ma chance, celui qui ramène Zinédine Zidane à Madrid. Tayeb Belmihoub me tient dans ses mains, dans la petite pièce d'interview, les caméras, la lumière, le son, vite, vite, on n'aura que peu de temps accordés comme un miracle à la petite équipe de France devenue ce jour là, unique...

zidane tayeb.jpgLe voilà, il arrive, je suis à ses pieds lorsqu'il s'assied sur la chaise "Ca tourne...", voilà, dans un instant je saurais à qui Zinédine souhaite m'adresser en symbole de Paix. Il répond à quelques questions et enfin, enfin, Tayeb me tend vers lui...

Zinédine Zidane me prend pour la première fois entre ses mains, me tournant, me retournant, me regardant avec cet air particulier que peut avoir celui qui vous connaît si bien du bout des pieds et si peu du bout des doigts... Football oblige !!!

Lorsqu'il a levé les bras pour me lancer symboliquement de Madrid à Paris vers...Yannick Noah !!! J'ai ressenti comme une fierté et une émotion sincère car je savais que venait de débuter mon plus beau voyage, le voyage vers la paix...

 


La seule inconnue pour moi était la suite de mon voyage :

A qui Yannick Noah allait-il m'envoyer, dans quel  pays, pour quelle cause ?

A cet instant, je savais ne vouloir rien d'autre pour mon avenir que d'être

Une balle pour la Paix, que tous auront tirée, pour ne jamais tuer !

 

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19/05/2010

La Balle pour la Paix rencontre Yannick Noah !

« La Terre, comme de nombreux stades, est devenue un terrain où règne la plus grande confusion. Notre action vise à rappeler l’urgence avec laquelle nous devons prendre soin les uns des autres, sur ce vaste stade qu’est notre planète, afin de permettre à chacun de participer à cette rencontre avec la vie. » Tayeb Belmihoub "Une balle pour la paix" Editions Mélanges


l_00427342.jpgJe suis, la Balle pour la Paix !

Me voici revenue à Paris, la tête pleine de souvenirs espagnols... Dans quelques jours, c'est le printemps, un printemps particulier pour moi car ce jour là, à Chambourcy (oh oui !), la presse titre "Yannick Noah va recevoir la balle pour la Paix que lui a adressé Zinédine Zidane depuis Madrid !".

C'est de moi dont ils parlent, je suis là, dans ma loge, en coulisses humant la fébrilité ambiante des centaines de personnes présente dans la salle.

noah zidane.jpgBien sûr, il y a ce jour là, un ministre, un ancien international de football, une star du tennis devenue star de la chanson et autres notables mais je sais que ce qu'ils attendent tous, impatients, c'est moi !

Je me fais désirer, regarder, admirer et soudain, il s'empare de moi ! Yannick Noah vient de me prendre entre ses mains, bouleversé par le message de Zinédine et ému de devenir le deuxième passeur de Paix.

Encore quelques minutes, le temps d'un rappel du message de Zinédine...


Pourtant, Yannick ne dévoilera pas tout de suite à qui il souhaite m'adresser, il souhaite réfléchir car ce voyage devra être celui de la Paix.

Après quelques semaines de réflexion, c'est dans ses bureaux parisiens que je roulerai impatiente à mon tour de connaître la suite de mon destin, mon prochain voyage.

noah mandela.jpg

A nouveau l'attente, confortablement installée cette fois-ci sur un canapé moelleux, des questions et des mots et enfin, Tayeb me saisit et me tend vers Yannick Noah. Au moment ou il lève les bras pour m'envoyer vers Nelson Mandela, je ressens toutes les vibrations de l'Afrique, la force du respect, le courage de la souffrance pour la liberté d'un peuple que je vais bientôt rejoindre et honorer.


Pourtant, mon voyage n'a pas encore atteint son but... Quelques avocats de Monsieur Mandela n'ont en effet pas jugé utile (!!!) d'informer Monsieur Nelson Mandela de mon attente, de mon devoir, de mon voyage vers lui, alors aujourd'hui je vous adresse un appel pour la Paix : Qui me portera à Nelson Mandela ? Qui aura le pouvoir et l'envie de faire perdurer le voyage de la Balle pour la Paix ?

 

Le combat d'une vie de Monsieur Nelson Mandela me donne le courage et la patience d'attendre mon heure et je sais qu'elle viendra car

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Je suis la Balle pour la Paix

Que tous auront tirée pour ne jamais tuer !

 

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18/05/2010

Football & Sacré

« Lorsqu’une forme traditionnelle est sur le point de s’éteindre, ses derniers représentants peuvent fort bien confier volontairement, à la mémoire collective ce qui, autrement, se perdrait sans retour; c’est en somme le seul moyen de sauver ce qui peut l’être dans une certaine mesure et, en même temps, l'incompréhension de la masse est une suffisante garantie que ce qui possédait un caractère ésotérique n’en sera pas dépouillé pour cela, mais demeurera seulement, comme une sorte de témoignage du passé, pour ceux qui, en d’autres temps, seront capables de le comprendre » René Guénon « Symboles de la science sacrée »

 

terrain de foot debo 2.jpgFootball, sport sacré ?

Je sais que la plupart de nos contemporains donnent au mot « sacré » un sens exclusivement religieux. Pourtant, si les religions en font leur domaine privilégié, il n’en demeure pas moins vrai que le Sacré dépasse ce seul contexte, on peut même affirmer qu’il le contient.

Le Sacré dans son sens étymologique est proche du secret, de ce qui est « mis à l’écart », afin que nul n’en viole l’accès. Le mot templum (temple) - dont la racine tem se retrouve dans le grec temenos, qui signifie couper, retrancher, séparer - exprime la même idée. On perçoit là toutes les analogies du temple et du stade, dont l’accès est également réglementé.

Si le Sacré est souvent entouré de « mystère », c’est que le sens premier de ce dernier terme exprime ce qui est proprement « incommunicable » et que l’on doit recevoir en « silence ». C’est l’émerveillement de l’enfant qui observe, sans un mot, le ballet de Zizou pour en reproduire chaque mouvement.

Le Sacré est un mot qui effraie parfois ceux qui croit y voir une vague notion de religiosité, doublée d’un sectarisme, dont l’aspect mystérieux reflèterait les desseins obscurs de gardiens des ténèbres ! Rien n’est pourtant plus simple que le Sacré. Rien n’est pourtant plus simple que le jeu le plus dépouillé, le plus « élémentaire ». Le geste parfait, le geste sacré est un geste complexe, jamais compliqué. C’est le déséquilibre qui agite parfois nos coeurs et nos corps, qui nous empêche de redevenir « ces simples d’esprit auxquels le royaume des cieux appartient ». Le geste simple au football est celui auquel tous les joueurs et tous les éducateurs aspirent, le geste sacré, primordial, originel analogue à « la parole perdue » ou au Saint Graal.

Le Sacré est lié à la balle comme le verbe à son support et les traces d’activités humaines autour d’une balle remontent aux premiers jours de l’humanité. Le soleil, la lune, les astres, en général symbolisés par la « balle », ont toujours étés objets de vénération et véhicules d’influences « supra humaines ». Les rites utilisant la balle permettaient une mise en harmonie avec un cosmos dont l’homme « primordial » avait une conscience intuitive. La balle était utilisée comme « intermédiaire intercesseur » pour obtenir une meilleure fertilité des hommes et des cultures, s’attirer les faveurs d’influences spirituelles, objet d’accompagnement dans les rites funéraires, la balle a toujours « fasciné » « attiré », « organisé »…

De nos jours, les rites se sont habillés de mots. Le football semble être de ceux là… Je me suis interrogé sur l’engouement, la passion, la vénération quasi planétaire que suscite « l’agitation » de vingt-deux bonshommes sur un rectangle vert. Et si cette gesticulation autour d’une boule de cuir remplie d’air n’était pas si anodine qu’il y paraît ? Et si ce désordre apparent masquait la face d’un rituel dont la trace se serait conservée précieusement dans « l’arche d’alliance » que constitue la masse ? Rituel sacré dont le « but » ultime serait le retour à ce paradis perdu dont le « vert » jardin a marqué à jamais un Adam qui ne cesse de re-naître ?… Balle au centre… Coup d’envoi… But… Salut… Délivrance… Transcendance de cet instant unique où le ballon « déflore » la ligne blanche et vierge du but, pour féconder un ailleurs hors de l’espace et du temps. Balle au centre… Coup d’envoi et le cycle recommence… Perpétuel… Inlassablement la sphère s’offre et s’esquive, se partage ou se meurt…

Le stade est un miroir sur lequel se reflète le ballet de nos vies et si la Coupe du Monde 98, à laquelle la France s’est abreuvée de liesse, de jouvence, d’espérance, trône encore dans nos mémoires, comment ne pas s’interroger, au delà de l’événement, sur les raisons profondes d’une telle ivresse ? Comme toute manifestation, le football est soumis aux exigences que lui impose sa « loi ». En l’occurrence, ses règles. La comparaison du stade avec le Temple et le rituel qui s’y opère est d’autant plus aisée qu’à l’instar du Temple, le stade répond à des normes régulières de construction, (...) Tracés géométriques précis, surface minimum, lois du jeu…

Le non respect de ces obligations, que l’on pourrait qualifier de « profanation », entraîne une disqualification. Le stade - et plus précisément l’aire de jeu - est, comme le Temple, une enceinte consacrée, sanctifiée. Seuls sont autorisés à fouler le rectangle sacré, les fidèles, représentés par les joueurs et l’arbitre, gardien de la loi, garant de la stabilité du cérémoniel. Même celui que l’on pourrait désigner comme     « Maître » ou « guide » : l’entraîneur, ainsi que les arbitres assistants, ne peuvent violer la ligne blanche qui délimite la surface du terrain pendant le déroulement de la rencontre. (...)

A ce propos, je me souviendrai ma vie entière du premier match que j’ai disputé sous le regard d’un vrai public, j’entends par là un public nombreux venu assister à la rencontre et non pas en simple badaud. C’était en 1980 contre une équipe de troisième division nationale. J’avais accompli justement mon « rituel » dans le vestiaire et me dirigeais, le coeur dans la gorge, sous le tunnel qui menait au « saint des saints ». Entré sous des applaudissements, j’avais l’impression que cette clameur venait du ciel. Mes jambes ne me portaient plus, mes yeux entendaient, mes oreilles goûtaient, mon nez voyait, ma bouche respirait bref, j’étais bouleversé.

Je me suis souvent demandé si je n’avais pas vécu ma naissance de cette manière. Les naissances sont toujours des bouleversements. Comme ce jour où, parce que je voulais devenir joueur professionnel, je m’étais rendu sur le stade d’entraînement du Paris Football Club et j’étais allé demander, très timidement, la possibilité de faire un essai. Le maître se trouvait face à moi. Il s’appelait Roger Lemerre et n’était pas encore sélectionneur national. Ma demande fut suivie d’un court silence qui dura une éternité, puis la voix grave de Roger le rompit d’un surprenant : « Tu as tes affaires ? » Dix minutes auparavant, j’aurais donné non pas mes deux pieds mais mes deux mains pour cette question. ! Malgré l’énorme poids qui s’abattit sur mes épaules, la force de l’espoir me permit de prononcer un « oui » tout juste audible que seul mon hochement de tête parvint à faire entendre. Un vertige me prit et c’est sans doute mon ange gardien qui me soutint jusqu’au vestiaire pour me mettre en tenue.

Roger Lemerre se montra très curieux de cet « importun » mais une grande affection émanait de son regard. Il avait l’attitude des justes, capables dans un sourire de vous transporter mais aussi de vous anéantir dans un froncement de sourcil. Cet essai fut concluant et je pus terminer la saison en profitant de l’entraînement d’une équipe professionnelle. Pourtant, cet épisode ne fait pas partie des meilleurs moments de ma vie de footballeur. Ce monde très particulier abritait déjà quelques vendeurs de « chair humaine » dont les velléités s’accordaient mal avec mon amour du ballon. Bien que minoritaires, ces commerçants déguisés, associés à quelques « fédératifs » trop bien nourris, ont eut raison de mon envie d’évoluer dans ce que l’on appelle, bien improprement à mon avis, le « football de haut niveau ». Le football est une voie initiatique, pas une activité commerciale. Cette voie ne peut se satisfaire de « marchands du temple » et ceux qui l’empruntent doivent être qualifiés pour le faire. (...)

Je suis heureux d’avoir vu sous les maillots des joueurs du Brésil un vibrant hommage à Jésus. Non que je tienne en odeur de sainteté les « bondieusards » qui aiment récupérer les événements à des fins souvent douteuses, mais simplement parce que le message christique est un message universel dont aucune religion ne peut revendiquer la propriété. Tout homme capable d’aimer est un christ en puissance et si l’histoire faite par les hommes travestit plus souvent la vérité qu’elle ne la véhicule, il n’est point besoin d’être prêtre pour revendiquer la part d’un Esprit Saint. Jésus était un homme vous diront les uns, non il était Dieu diront les autres… Les départager sur ce point de vue serait aussi difficile que d’empêcher les Brésiliens de déifier Pelé et les Argentins de voir en Maradona la main de Dieu. Zidane est appelé Zizou… J’ai noté la réflexion d’un journaliste sportif12 affirmant que l’on pouvait confondre la scansion de la foule « Zizou, Zizou, Zizou… », avec celle de « Jésus, Jésus, Jésus ». C’est dire l’aspect quasi messianique que certains joueurs revêtent pour les masses !

L’élu ne choisit pas de l’être, il est désigné pour un destin qui le dépasse. Son rayonnement donne la vie aux autres. Et pourtant, comme tout messager, il est faillible et n’est autre qu’un homme. Sa dimension supra humaine ne se dévoile que le temps de la rencontre, là où il est prêt à recevoir cette grâce qui fait se lever les foules dans le monde entier. (...)

J’en suis à ma onzième coupe du monde et je ne vois rien dans ce que l’on appelle le football moderne qui me fasse rêver plus ou moins qu’il y a trente ans. La stabilité est un signe du Sacré. Les religions, elles, changent. Les messages diffèrent d’un peuple à un autre, d’un lieu à un autre, d’une époque à une autre. Seul l’immuable n’est pas soumis au changement, seul le principe demeure. Le football s’amuse à tracer le chemin du monde. Il se joue du changement et des époques. Il observe, amusé, le besoin constant qu’a l’homme moderne de zapper sa vie. Il regarde d’un oeil bienveillant les errances et les erreurs de ceux qui le pratiquent. Le football, parfois malmené, décrié, conspué, conserve la force et la stabilité propres à tout symbole.

Le Sacré est aujourd’hui plus voilé que le ciel de nos grandes métropoles. La pollution qui détruit nos villes n’est qu’un triste reflet de celle qui détruit nos âmes. Le trou dans la couche de cet ozone, dont on nous rebat les oreilles, n’est pas plus alarmant que celui qui se creuse dans les coeurs. Le football est peut être l’un des derniers refuges pour permettre à l’homme de reprendre contact avec le Sacré, loin de toutes les maisons de prières où l’on enseigne plus la haine au nom de Dieu que l’amour au nom des hommes. Loin de ces salles d’exclusion et de complot que sont devenues églises, synagogues, mosquées, et autres lieux de non partage, il nous reste le stade de football où la seule religion qui prévale est celle de l’Union.(...)

Je rappellerai que les lieux où communient des hommes, se « signant » de manière aussi différentes, sont suffisamment rares pour mériter une étude plus approfondie d’un tel « miracle ». La « Jérusalem céleste » où fusionnent les « âmes » pourrait bien être symbolisée par cet « Eden » où s’unissent les joueurs de football.

Je me souviens avec bonheur d’un dimanche de l’été 98 où je fus invité à participer à un tournoi en région parisienne. C’était un tournoi dans lequel la quasi totalité des équipes était constituée de joueurs d’origine Nord Africaine. Les premières rencontres commencèrent et le regard des joueurs sur moi, à l’écoute de mon prénom, me faisait sourire. L’engagement était total, l’ambiance des plus agréables et la communion presque palpable.

L’heure de la prière approchait pour les musulmans présents. Le coup de sifflet final de la rencontre me donna l’idée de faire moi-même l’appel, que j’entonnais sous le regard ébahi des participants. Une petite troupe s’ébroua avec moi vers les lavabos des vestiaires transformés, pour l’occasion, en salle d’ablutions. Après cette purification, on se mit en quête d’un lieu de prière à sacraliser. J’invitais alors tout le monde à me suivre, ce qu’ils firent malgré un certain scepticisme. J’étais le plus âgé, ce qui faisait de moi une sorte de grand frère. Nous nous installâmes sur une pelouse libre et je pris sur moi de diriger cette prière. Certains cherchaient désespérément un « Est » que l’absence de boussole rendait invisible. Je les rassurais alors en leur citant ce verset plein de bon sens du Coran : « Où que tu te tournes se trouve la face de Dieu », et nous pûmes alors commencer. L’odeur de la pelouse que nos fronts embrassaient, la paix de cette communion, qui se prolongeait dans la conscience de notre prière commune, donnait à ce tournoi des allures de pèlerinage. Même ceux qui empruntaient pour leur chemin spirituel une autre voie que la nôtre, étaient présents en esprit, avec nous, dans cet acte de vénération de « l’entraîneur des mondes ».cellule ballon2.JPG

Nous étions unis, nous formions équipe, nous étions heureux. C’est cet événement précis qui me donna l’idée d’entreprendre un jour le dessein de faire partager ma conscience du Sacré dans le football, convaincu que ce que je venais de vivre méritait d’être offert en partage.

J’ai éprouvé le besoin de dire que le Sacré n’est pas toujours là où on l’attend, que les vrais lieux de culte ne sont pas ceux que l’on croit et, en tous cas, qu’ils ne doivent jamais être prétexte à la division, à l’exclusion. Ce jour là, nous étions athées, zoroastriens, juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes, hindouistes, animistes…

Nous étions d’abord des êtres humains, unis par un principe vers lequel tous les coeurs se sont orientés. Nous étions Un dans la multitude, nous étions les enfants de la balle.