23/04/2011
Barça... Le nouveau monde !
Le football est un langage universel dont l’expression symbolique offre, à qui prend la peine de s’y arrêter, les clés de lecture d’une époque.L’antagonisme originel Caïn/Abel a pris le nom de Real/Barça... Comparaison n’est pas raison, s’empresseront de rétorquer nos philosophes. J’oserais en retour les inviter à s’affranchir des barrières de ce dogme pour qu’ils se libèrent des limites de sa prison et, à l’instar du poète, je leur dirai que le cœur a ses raisons que la Raison ignore…
Il n’est pas inutile de se pencher d’un peu plus près sur la représentation de nos deux équipes et, au-delà, sur ce qu’elles véhiculent et cristallisent :
Le Real Madrid, loin d’être le collectif qu’il a été, se réduit de nos jours à un état d’esprit et une mentalité incarnés par deux hommes qui, d’une certaine manière, n’en font qu’un: Mourinho José-Fiorentino Pérez.
Cette entité bicéphale n’a d’autre objectif que le Pouvoir pour assouvir l’insatiable appétit d’un ego atrophié. Dominer, dominer, dominer… Les moyens importent peu, pourvu que le tableau du score affiche, à l’issue des rencontres, un but de plus que celui que l’on considère toujours comme « l’adversaire ».
Cette volonté farouche d’éliminer celui que l’on pourrait nous préférer est aussi vieille que le monde et si les noms changent, les fonctions restent. De nos jours, le Real est au Barça ce que Caïn fut à Abel et ce qu’ils représentent est immuable : le couple des contraires.
Depuis 2006 et le fameux coup de boule de Zinedine face à un Materrazzi très Mourinhesque, le trophée porté par l’équipe Italienne était entaché du péché. La révolte de l’ange, bien que vécue comme un drame, demeurait plus noble que la victoire du démon. La coupe levée par la Squadra Azzura, loin de contenir le breuvage d’immortalité que confère le Saint Graal, s’était remplie de la bile de Judas.
J’entend déjà les voix qui s’élèvent, en défenseurs des petits scribes calculateurs, clones des Mourinho/Pérez ou Materrazzi, pour nous expliquer que l'objectif du foot étant d’inscrire un but de plus que son « adversaire », la fin justifie les moyens, voire tous les moyens y compris les moins nobles et c’est bien de cela d’ailleurs dont il s’agit, c’est bien de cela que je souhaite vous entretenir.
Cette vision agonale d’un monde avide transpire de tous les pores des joueurs madrilènes. Non que leurs natures les inclinent à ce penchant Mourinhesque mais les salaires, que leur statut de « pom pom boys du Président » impose, fait d’eux des pantins gladiateurs au service d’empereurs du vide.
Le monde depuis toujours oscille selon les époques entre Caïn et Abel, entre Real et Barça et ce qui importe ici n’est pas tant les noms, que les fonctions respectives incarnées par ces entités au gré des époques et des cycles de leur manifestation.
Notre époque est indiscutablement Real, violente, cupide, avide, arrogante, provocante, polémique…
Pourtant, depuis le dernier mundial, la face Barça sort de l’ombre.
Pepe Guardiola, l’anti Murinho, et son équipe pointent le nez du nouveau monde, celui de l’élégance, de la noblesse, de la Victoire au V majuscule ; Non pas celle que l’on pense obtenir sur l’autre pour la gloire éphémère d’une domination sans partage, mais celle que l’on obtient sur soi, grâce à la résistance de l’autre. Cette victoire là se bâtit sans haine, elle se conquiert grâce à l’amour de l’autre et de ce que sa résistance nous offre à dépasser et à découvrir de nous mêmes.
Loin des chimères du pouvoir, la Victoire du monde Barça est une catharsis, une transmutation des contraires en complémentaires. Le monde Barça est un sacrifice permanent, celui de notre ego sur l’autel de la grâce pour que s’unissent, par l’opposition, les deux parties d’un même corps, les deux faces d’un unique ballon éternel.
La récurrence des classicos devrait nous interpeller. Bien au-delà des scores et des déchainements qu’ils vont entrainer, bien au-delà des ambitions Mourinho/Pérez, des polémiques de tous les chroniqueurs qui refont les matchs sans pour autant rien y comprendre, des arrière-pensées politiques, économiques, au-delà des personnes qui vont s’affronter par le jeu de balles qu’ils voudraient parfois plus perforantes que bondissantes, je pense au Nouveau Monde que notre époque porte en son sein.
Un monde qui, par les cris sourds de sa passion, de ses cataclysmes et de ses révoltes, annonce la venue d’une époque de lumière, une époque Barça où le jeu reprend la main sur l’enjeu pour dissiper les hurlements de la bête qui vocifère le long des bancs de touches, aux accents d’un Mourinho, dernier sursaut d’un monde Real qui sent confusément venir sa fin…
01:33 Publié dans Après la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : coupe, monde, barça, real, madrid, barcelone, caien, abel, pérez, nouveau, football |
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