28/06/2010

Il était une Fois... Des marchands de Foi !

00793070-photo-affiche-le-bon-la-brute-et-le-truand.jpgLorsque j’ai publié mon premier essai en 2005 (Une balle pour la Paix - Football sport sacré ? Editions Mélanges), je ne pouvais supposer que cinq ans plus tard, une recrudescence de « signes extérieurs de religiosité » allaient à ce point marquer la coupe du Monde 2010.

La palme revient sans conteste à Diego Maradona, sélectionneur de l’équipe d’Argentine qui ne peut plus compter sur sa seule main pour conquérir son graal.

Pris d’une ferveur compulsive, il enchaine les signes de croix comme Eli Wallach, la brute dans cet inoubliable western spaghetti des années 70 « Le bon, la brute et le truand ». Notre Diego peut même s’enorgueillir du succès de ses incantations puisque non seulement son équipe enfile les victoires mais, de surcroît, elle a bénéficié, lors de son huitième de finale contre le Mexique, d’une intervention occulte qui a littéralement aveuglé un des arbitres de touche : Frappé d’on ne sait trop quelle amnésie providentielle, il a « oublié » le hors jeu de Carlos Tevez sur le premier but qu’il inscrit pour l’Albicéleste.

De là à penser que le nombre de signes de croix est déterminant dans le résultat des rencontres de son équipe, il n’y a qu’un « petit pont » que notre faiseur de miracle, à la main joueuse et pieuse, saura franchir sans états d’âme.

Ainsi, après le fléau qui s’est insinué dans le sport, par les nationalismes sectaires que nous avons dénoncés par ailleurs, (voir chronique « Coupe du Monde 2010 : la fin des équipes nationales) nous assistons aux manifestations de foi qui, de notre point de vue, loin d’exprimer la moindre intuition intime relèvent plutôt de la plus banale superstition…

Bien entendu, il ne s’agit aucunement pour ces « bondieusards » d’évoquer ce qui peut faire accéder à une quelconque transcendance mais bien de conjurer ce qui pourrait les empêcher de prendre le pouvoir. Car en définitive, c’est bien uniquement de cela dont il s’agit et je vous garantie que la manière importe peu à tous nos sélectionneurs, présidents de fédérations, ou ministres des sports et bientôt, au train ou vont les choses, aux ministres des cultes, avides de domination. Ce qu’il leur faut à tout prix et même à n’importe quel prix, c’est monter sur la première marche : Place au score !

Malheureusement, l’expérience nous enseigne que, quel que soit le domaine où la quantité prend le pas sur la qualité, les consciences se sclérosent et s’affrontent.

Loin de moi la volonté de dénier le droit de chacun à l’expression de sa foi, mais il me semble que lorsqu’elle est pure, elle ne s’embarrasse pas de tout cet attirail ostentatoire voire prosélyte qui s’affiche au bord des pelouses. Les signes extérieurs de religiosité sont à la foi, ce que le doudou est à l’enfant, un contre phobique. La différence réside dans les conséquences de ces déséquilibres.

Cette coupe du Monde 2010 offre toutes les surprises et celle-là est de taille. On s’interroge sur la pertinence d’un arbitrage vidéo, qui émeut jusqu’aux chefs d’états, mais pas une voix ne s’élève pour prévenir des dangers de ces manifestations de chapelles. Ces simulacres d’oraison devraient inciter à la prudence, les élites sacerdotales quelles qu’elles soient avant que les dérives de ces comportements immatures ne viennent polluer un peu plus les esprits les plus fragiles.

Si le Sacré inclut les religions, les doctrines et tout ce qui se manifeste en ce bas monde, il s’affranchit, « grâce au ciel », des petitesses dévastatrices des dévots de bistrots.

Encore une fois, il ne s’agit pas d’exprimer une quelconque révolte mais simplement de mettre en garde contre ces petits riens qui finissent par faire de si grands riens qu’ils accouchent d’immenses chaos.

Le football est, de notre point de vue, la manifestation incontestable du sacré. Cette notion a pour seule fonction de « rassembler ce qui est épars », de permettre ici ou ailleurs la conscience de la communauté originelle de tout être et de toute chose.

Le football offre à vivre la réalité des rencontres par la joie et le partage.

Nul ne sait, à l’heure où j’écris ces lignes, qui de l’Argentine, de l’Espagne ou de toute autre équipe emportera le trophée 2010, mais une chose est certaine, ni la croix, ni le croissant, ni aucune étoile du ciel ou d’ailleurs, aucun symbole, aucun signe, même gesticulé par des « singes de Dieu », ne décidera du résultat de cette coupe du Monde et ce, pour cette simple raison, que la foi est une oraison muette et silencieuse qui ne se nourrit d’aucune gymnastique frénétique et hystérique mais seulement d’intentions pures et de paix.