29/04/2011

"Tayeb, on nous demande de "blanchir les équipes"".

blanchir,blancs,noirs,arabe,fff,fédération,football,française,racisme,équipeUne enquête Médiapart  fait à juste titre scandale : "Moins de noirs et moins d'arabes sur les terrains de foot ! Plusieurs dirigeants de la Direction technique nationale de la Fédération française de football, dont le sélectionneur des Bleus, Laurent Blanc, ont approuvé dans le plus grand secret, fin 2010, le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation et les écoles de foot du pays. Objectif: limiter le nombre de joueurs français de type africains et nord-africains." 

Chantal Jouanno, ministre des sports n'a pas tardé à réagir : "Je prends acte du démenti de la Fédération Française de football quant à l'existence d'une telle politique et je l'invite à faire très rapidement toute la lumière sur les allégations de l'article. Le Ministère des Sports promeut les valeurs d'égalité, de solidarité, d'intégrité et d'intégration sociale au travers de la pratique sportive. Je garantis que cette égalité des chances dans le sport sera préservée : la discrimination n'a pas sa place dans le sport, que ce soit dans les tribunes, comme dans les centres de formations."

blanchir,blancs,noirs,arabe,fff,fédération,football,française,racisme,équipeC'est alors que la connexion se fait dans ma tête avec un événement qui s'est déroulé il y quelques mois, alors que j'étais en immersion dans un club "Terrain de la Paix".  Suite à l'atelier consacré - entre autres sujets comme l'éthique, le jeu et l'enjeu - à la restauration de l'Autorité, un éducateur visiblement gêné, révolté mais conforté par ma vision des choses, m'a demandé toute ma discrétion et m'a confié "Tayeb, on nous demande de blanchir l'équipe...! Moins de noirs et moins d'arabes..."

Lorsque l'information m'a été communiquée par cet éducateur (lui-même d'origine maghrébine !!!), j'avoue avoir eu quelques peines à l'entendre... Tiraillé entre le refus d'y croire, pour conjurer cette insupportable vision et l'acceptation de cette pathétique orientation, j'ai fini par devoir m'incliner devant la réalité de cette volonté obscure, non sans avoir auparavant informé, dans mon compte-rendu d'immersion, les autorités, dites de tutelle, de cette rumeur persistante... 

Le foot français n'est plus assez blanc au goût de sa gouvernance et ce sentiment ne lui est pas exclusif. En effet, cette volonté de restaurer la "francitude" des équipes de foot n'est plus une discrétion de comptoir mais une volonté affichée, confortée par l'attitude décomplexée des partisans de la préférence nationale...

Trop de noirs, trop d'arabes...! Je ne suis pas surpris, en son temps, j'ai recueilli, du propre aveu de certains des plus hauts dirigeants de la FFF, que trop de juifs présidaient aux destinées économiques de la dite honorable fédération.

blanchir,blancs,noirs,arabe,fff,fédération,football,française,racisme,équipeLe témoignage que j'apporte ici n'est pas le fruit d'une quelconque rancoeur à l'égard d'une fédération, que j'estime par ailleurs en tant que fonction, mais celui d'un homme qui depuis plus de trente ans a pu "apprécier" et continue à le faire, l'absence d'éthique de nombreux cadres de cette institution.

Cette arrière-pensée ne doit plus rester cachée car elle n'est en réalité que le reflet ou l'écho d'une fange de la population arcboutée par la peur de l'étranger et la perte d'une identité, que par ailleurs elle est incapable de définir. 

Oui, on demande de blanchir les équipes, oui, certains dirigeants, que je me refuse à appeler français, selon l'idée que l'on se fait de la France, ont cette démarche détestable, mais il ne faudrait pas s'arrêter sur l'arbre qui cache une bien sombre forêt.

Les clubs de foot français échappent, par leur nature juridique, à tout contrôle en matière d'éducation et aucune compétence ni moralité particulière n'est exigée pour un président de club qui doit pourtant gérer des groupes de parfois plus de 500 jeunes.

Pire, nous savons quel rôle la plupart des élus entendent faire jouer au club de foot de la commune : Ramener la paix dans les quartiers. Rares sont ceux qui, au-delà des voeux pieux et des dossiers bien remplis pour juguler les statistiques, se consacrent à faire du club un élément essentiellement éducatif.

Vivier de voix, le club de foot reste une sorte de levier politique dont on oriente la manoeuvre au gré des besoins locaux, régionaux et même nationaux.

blanchir,blancs,noirs,arabe,fff,fédération,football,française,racisme,équipeSi j'avais publié les informations recueillies depuis des années en tant que joueur, puis éducateur et maintenant président d'association, peu de personnes auraient accordé le moindre crédit à mes allégations.

Je suis non pas heureux mais soulagé, qu'enfin apparaisse au grand jour, et par le biais d'un média fort, cette invraisemblable facette des dirigeants du sport français et de l'état d'esprit qui règne autour de ce qui pourrait être le meilleur vecteur d'éducation et du bien vivre ensemble qu'est le football.

J'ai publié un ouvrage, il y a plus de cinq ans, dans lequel je démontrais la force de cette activité humaine et l'orientation que l'on pouvait lui donner, je dois reconnaitre que la dépollution du foot comme celle de notre monde ne peux se concevoir que par une volonté politique forte, affranchie de tout calcul électoraliste qui s'accorde mal avec l'idée que l'on se doit, de faire vivre pour l'équilibre de notre nation et du monde qui nous observe.

Il est temps de faire taire une fois pour toutes les appels à la haine et à la division, quelles que soient les formes qu'elles revêtent et les sphères où elles s'expriment.

Bâtissons notre édifice républicain avec les matériaux les plus précieux que nous avons en nous, faute de quoi la maison France, qui en son temps faisait rêver le monde, pourrait bientôt ne ressembler qu'à une ruine dont on ne reconnaitra même plus les traces d'une grandeur passée.    

Tayeb Belmihoub

P.S. : Relire l'article "Zinédine Zidane, l'arabe qui a réussi...." ainsi que "La démocratie des petites dictatures" où Tayeb belmihoub prend pour illustration de ce titre la FFF... Puis "Eric, Brice, Marine, françois...et les autres " où on s'aperçoit que l'on est toujours dans le même sujet... et enfin "Sarkozy, l'annonce faite à Marine" pour clore enfin par la meilleure des conclusions "L'Elysée vaut bien une Mosquée..."

25/07/2010

Scandale d'une Coupe du monde en contre-remboursement !!!

SATISFAIT_ou_REMBOURSE_ok.jpgAdidas, Suez, Carrefour, le Crédit Agricole, et enfin Toyota, ces cinq principaux sponsors de l’équipe de France ont demandé et obtenu un dédommagement de la F.F.F pour préjudice subi en terme d’image et de notoriété !!!

Adidas, à lui seul, s’est vu octroyé près d’un million et demi d’euros en réparation du déficit d’image provoqué par la déroute des bleus…

Un peu d’étymologie devrait nous aider à mieux comprendre ce qui se passe et, en tout état de cause, ce qui aurait du se passer : Le mot sponsor nous dit Robert est un emprunt à un mot anglais signifiant « parrain ». Gageons que le sens du mot parrain, auquel notre dictionnaire fait allusion, n’a rien à voir avec la saga de Mr Coppola. Sponsor, précise notre dictionnaire s’intensifie même des notions de caution et répondant, d’engagement. Le latin spondere et son dérivé sponsare ont même donné en français le verbe épouser.

Evitons d’évoquer l’union incestueuse de parrains avec leur équipe filleule (assez d’histoires de mœurs !) et restons sur le terrain de la caution solidaire. Comment dès lors peut-on accepter que, ceux là mêmes qui se sont portés garants, soient les premiers à exiger le remboursement de leurs mises ? Si telle action est légitimée, qu’en est-il alors des milliers de supporters qui n’ont eu pour seule consolation que les déclarations offusquées des premiers responsables de ce gâchis ?

Voilà, chers amis sur quelles bases ubuesques se fonde l’étique du sport moderne : L’image, le paraître ayant pris le pouvoir sur l’être, ceux qui habillent sont devenus plus importants que ceux qui portent et ceux qui payent plus essentiels que ceux qui œuvrent.

Assez de faux semblants et admettons enfin ceci : Quand les centres de formation imposent à des gamins de 15 ans de ne porter que la marque qui les fournit sous peine d’exclusion, il ne s’agit plus de sponsoring mais de négoce et quand ceux qui payent deviennent moteur au lieu de carburant, les marées noires se déversent sur le monde pour nous alerter d’un danger imminent.

53209-approved-approuve-label-etiquette-confiance.jpgLa beauté du sport et des activités humaines en générale devrait pouvoir se passer des faiseurs de chiffres d’affaires qui s’insinuent dans nos rêves.

Soutenir, comme sponsoriser est un engagement fondé sur une relation de confiance qui ne doit jamais dépendre des seuls résultats. Il est invraisemblable qu’une fédération s’asservisse à ce point aux volontés d’entreprises qui passent du statut de partenaire à celui de créancier.

Qui a demandé des remboursements pour déficit d’image quand des ballons se vendent dix fois le montant du salaire de ceux qui les assemblent ?

Qui a demandé des remboursements pour atteinte à la notoriété quand des employés au bout du rouleau en arrivent à préférer le néant, ou un hypothétique au-delà, plutôt qu’un présent devenu invivable ?

Qui rembourse quoi aux familles entières qui errent le long des fins de mois en quête d’un avenir moins sombre ?

Qui rembourse quoi et à qui de ces promesses d’un monde meilleur faites à longueur d’année par ceux là même qui aujourd’hui condamne ?

Qui a remboursé quoi aux enfants des townships pour prix de leur frustration ?

Adidas ? Carrefour ? Le crédit Agricole ? Suez ? Toyota ?

Oui_Oui_La_carte_au_tresor-16012810122009.jpgPeut-être est-il venu le temps d’un autre temps, celui ou l’artisan ne vaut plus tant par le seul prix donné à son œuvre que par les vertus qui lui sont attachées.

« Le jeu est la chose la plus sérieuse au monde » nous disent les enfants et aucun être humain ne pourra jamais en payer le prix sinon celui que l’amant donne à l’aimé et la monnaie de cette échange ne se trouve ni dans les coffres, ni dans les bourses.

Cette monnaie là est ailleurs, et si vous voulez savoir comment l’acquérir, demandez à vos enfants… Et, peut-être que si vous le méritez encore, ils finiront par vous dévoiler, au détour d’un de leur si beau drible, la carte du Trésor…

23/07/2010

Ribéry/Benzema : Interdits de jeu pour jeux interdits…

ribery_benzema.jpgRibéry et Benzema privés d’équipe de France. La sanction est tombée avant même la décision de justice.

Ce réveil soudain d’une conscience éthique au sein de la FFF relève du miracle. Zahia, que l’on peut traduire en Français par « la lumineuse », a donc indirectement favorisé ce prodige ! Cette Marie Madeleine, experte en joueurs de foot se payait ou plutôt se faisait payer par des joueurs de l’équipe de France, le tout dans un café Arabe, et « piment sur la semoule » à la barbe de notre ministre de l’intérieur dont l’opinion sur le danger des regroupements d’Auvergnats un peu trop bronzés est maintenant de notoriété publique….

Le Zaman café ou le café du Temps - sans doute à comprendre comme le café où l’on prend son temps - abritait donc ce petit commerce tantrique. Au-delà de l’anecdote, qui est à peu près aussi importante que les distractions qui égaient les dessous de la ceinture d’une grande partie de la classe politique, ne doutons pas que le problème de la « minorité », à défaut de celui « des minorités », va animer de nouveau les prétoires. Heureusement que le débat sur l’identité a fait long feu sinon l’affaire Zahia aurait provoqué des débats multiples !

Gageons néanmoins que si l’application de la violation de la stricte définition de la minorité l’emporte, à savoir ce qui n’a pas la « majorité légale », et s’il est prouvé que les consommateurs du Zaman Zahia café étaient au courant de l’âge de la gâterie comprise dans ce café gourmand, il ne fait aucun doute, compte tenu des piteux résultats de l’équipe de France, que la justice va « venger » l’affront fait à la Nation !

Dans tous les cas la décision de suspendre les délinquants, prise à la hâte par la direction intérimaire d’une Fédération aux abois, suscitera de légitimes interrogations quand à la pertinence de mettre sur la place publique des ébats dont personnes ne tirent profit à part peut-être ceux qui se nourrissent de scandales ou d’autres qui, comme moi, ont la volonté d’utiliser la force de ces contre-exemples pour inviter à plus de discrétion.

Alors me direz-vous, pourquoi « tant de (c)haînes » pour retransmettre l’ambiance d’invisibles gardes à vue, de mises en examen, de sensationnel ? La réponse est aussi limpide que la question : Pour rien ou presque, je veux dire seulement pour les profits qu’un audimat boosté par le scandale permet de réaliser. L’inutilité qui entoure ce non évènement est aussi consternante que l’a été l’attitude des joueurs d’une équipe nationale sans gouvernance, sans repaires, sans autorité, sans passion, sans grandeur, sans goût, sans odeurs, sans saveurs, transparente…

photo_1271698205017-1-0.jpgLe Zaman café, où Zahia brillait, était sans doute celui du temps et des enfants perdus...

Un café où l’on s’évade quelques instants pour se retrouver entre faux amis pour jouir de fausses amours avec des petites filles qui jouent les vraies dames.

Le Zaman café était comme tant et tant d’endroits, un refuge de parvenus au sommet d’une gloire aussi haute que vaine. Le Zaman café était aussi vide de vie que l’âme de l’équipe de France en Afrique du Sud.

La fédération a condamné ses rejetons sans le moindre questionnement sur les causes de leur dérive. Cette propension à la déresponsabilisation semble gagner toutes les strates de notre société. La cécité qui frappe les instances dirigeantes de tous ordres est d’autant plus préoccupante qu’elle s’accompagne d’une inconscience désespérante.

Il me semble que les problèmes de société révélés par le comportement de l’équipe nationale devraient nous alerter sur des questions d’ordre plus général et en particulier sur l’indigence des contenus des moyens éducatifs proposés dans la plupart des structures de formation footballistique.

Il est grand temps d’enseigner que la performance, autrement dit la capacité à se transcender, passe d’abord par l’élévation des niveaux de conscience et que l’intelligence des membres d’un groupe, quel qu’il soit, est l’élément déterminent de la réussite.

Accoler aux sélectionneurs nationaux les meilleurs conseillers en communication ne fera d’eux rien de plus que d’excellents répétiteurs capables même de faire illusion sur les masses médias. Mais est-ce là vraiment que se trouve la clé du succès ? Si le parler bien remplace le parler juste, il est sans doute plus utile de mettre à la tête de nos sélections ceux là mêmes qui réalisent l’exploit depuis des décennies à se faire élire sur des promesses qui de leur propre aveu n’engagent que ceux qui y croient… Pour le reste, il est vraisemblable que la compétence pour gouverner dans quelque domaine que ce soit, se situe, grâce au ciel, ailleurs que dans les seuls bons mots.

Ce que l’on doit enseigner, c’est le développement du langage de l’intelligence du cœur. Ce langage là ne triche pas et se niche non dans la forme mais dans l’esprit la lettre. Son apprentissage se fait à l’abri du tapage et des projecteurs, à l’ombre de ces hommes qui veillent sur les terrains du monde, qu’ils soient de sable, de pavés, de goudrons, d’ici ou ailleurs, à l’école ou en prison, dans les rues d’Alger ou les favelas de Rio.

le-on-de-morale.jpgCe foot là passe par le partage, le courage, l’oubli de soi pour le bonheur de tous et la victoire qu’il apporte est plus inestimable que ne le fut ou ne le sera jamais le plus retentissant des transferts.

Alors Messieurs les préjuges, je ne sais pas si la lumineuse avait informé vos estimés coupables de sa minorité, que certains disent invisible ou de sa majorité que d’aucun ont cru plausible, je ne sais pas si vous allez condamner touts ceux qui, footballeur ou non, ont bénéficié de ses lumières, je ne sais pas non plus s’il est répréhensible qu’un homme de vingt ans fasse la bête à deux dos avec une jeune fille de dix sept ans, pendant qu’on autorise un homme de soixante à rendre les hommages à une majeure de dix huit ans !

La morale est chose trop fluctuante pour que j’ose émettre un quelconque avis. Ce que je crois en revanche, c’est que les boucs émissaires ne sont jamais de bon augure dans une société, pas plus que la répression récurrente et hâtive.

Ce qui me semble plus salutaire serait de consacrer autant d’énergie et de moyen à instruire, à éduquer, qu’à produire et comptabiliser. L’être humain est d’abord une qualité avant d’être une quantité alors, de grâce messieurs les faiseurs de stars, lâchez vos calculettes et faite de vos tableaux noirs un usage plus utile que celui des seules inscriptions de schémas tactiques qui, vous le voyez bien, ne suffisent plus à faire de nos footballeurs des Hommes dans la stricte et simple beauté que ce mot devrait ne jamais cesser de vous inspirer.

Au travail…!

N.B : J'apprends à l'instant, que les 23 joueurs de l'équipe de France d'Afrique du Sud ne joueront pas le 1er match amical du mois d'Août... Alors, j'écoute, je recueille et on en parle !

02/07/2010

Marianne au bord de la crise de nerfs…

Un essayiste de renom - dont je tairais l’identité de crainte de faire offense à sa mémoire, pour l’amour qu’il portait à l’anonymat - avait pressenti l’état actuel de notre société et s’en était ému en ces termes « Pour amener les hommes à vivre « en public », on ne se contente pas de les rassembler en « masse » à toute occasion et sous n’importe quel prétexte ; on veut les loger, non pas seulement dans des « ruches » mais littéralement dans des « ruches de verre », disposées d’ailleurs de telle façon qu’il ne leur sera possible d’y prendre leur repas qu’ « en commun ».On s’efforce du reste, par tous les moyens, de les « dresser » à n’être pas plus différents entre eux que ne le sont les individus des espèces animales, si ce n’est même moins encore ».

L’actualisation de sa crainte est allée, malheureusement, bien au-delà de cette clairvoyance et, non content de faire de notre monde une gigantesque ruche de verre, on y plante d’innombrables caméras et autre capteurs d’intimité pour récolter « l’écho intime de notre savane ».

ecoute_la_rue_marianne_.jpgDe la Une racoleuse et vulgaire d’une « Equipe de gagneuses » à l’audit indigent d’une ministre rose venue espionner « son équipe de musclés », en passant par l’audition à l’assemblée des sages, de « délinquants fédérés », Marianne est au bord de la crise de nerfs…

La cascade « d’info volées », qui déferle sur les médias, s’enrichit même de la prostitution de quelque « député twitteur » trop heureux de saisir l’occasion pour sortir d’un anonymat dont le poids lui pèse bien plus que la souffrance de ses électeurs.

Le scandale paraît toujours très utile aux médiocres.

La preuve, le réflexe pavlovien des rédactions qui se sont empressées de donner la parole à ce Judas de Bourbon en l’invitant sur les divans de leurs plateaux. Ce petit homme, que je préfère laisser à l’ombre de sa bêtise, ne méritait certainement pas la prise de parole qui lui a été offerte et à moins de venir confesser sa faute pour s’humilier devant ses pairs, il eut été préférable de faire peser le poids du silence sur cette inadmissible transgression.

Un joueur de foot peut être vulgaire dans le secret d’un vestiaire et il appartient à son éducateur d’en tirer les conclusions, un député ne devrait pas avoir le droit de violer impunément le contenu d’un huis clos sans encourir une sanction exemplaire et à la mesure de son infraction.

Mais quel est donc cette folie soudaine que de vouloir tout savoir sur tout, tout le temps, par n’importe quel moyen, au seul prétexte d’une prétendue transparence à laquelle nous aurions droit et de quel droit parle-t-on ?

Caméra cachée, micro dissimulé, portable embusqué, ordinateur connecté, notre monde est devenu l’écran géant d’une émission planétaire à laquelle tout le monde doit participer. Est-ce ce droit qui nous est offert ? Ne serait-ce pas plutôt un devoir qui nous est imposé, le devoir de consommer une « fast-info » pour le plus grand bonheur des officines clownesques de nos « fast-médias » internationaux ?

Mais qui a décrété qu’il fallait tout divulguer, tout révéler ?

Au-delà de la supercherie à laquelle on tente de nous faire croire, de quelle révélation nous parle-t-on sinon de celle d’un couvercle pourtant salutaire que l’on se plait à soulever pour mettre à jour les déchets de notre humanité…

Est-il bien utile, de mettre sur la place publique cette part nauséabonde que chacun d’entre nous porte en lui et qui peut, à la faveur d’une situation particulière, s’échapper de nos actes, de nos lèvres et même de nos pensées.

Rien de ce que nos médias colportent en la matière n’est utile à la prétendue information qu’ils brandissent comme étendard de leur foi. La seule motivation, le seul moteur de leur déséquilibre reste la nécessité impérative de vendre du papier.

Il est certain qu’il serait plus utile, pour la sacro sainte « opinion publique » que ces faiseurs de scandale prétendent éclairer, que la vente de leur papier ou de leurs images se fassent en rouleaux. D’ailleurs, au train ou vont les choses, il n’est pas certains que la décennie ne s’achève, sans que quelque journaliste consciencieux, quelque député zélé, quelque ministre éclairé ou quelque spécialiste autoproclamé n’aille se planquer sous les douches ou au fond de la cuvette des WC d’un vestiaire enfiévré pour nous livrer via l’étude scientifique de quelque selles ou de la forme de quelque sexe, le régime alimentaire des athlètes, l’endroit où ils sont allé diner, à moins que la forme d’une lèvre ou d’un gland ne nous renseigne sur le niveau d’intensité des séances de fractionné.

m-foot_france.jpgMais au nom de l’information et au nom du droit de l’opinion publique à tout savoir, on peut bien accepter quelque entorse à une notion, devenue aussi obsolète que dérangeante, qui s’appelait autrefois déontologie.

Il est des mots que les chasseurs de voix aimeraient tant voir disparaître qu’au lieu d’en effacer les lettres dans les dictionnaires, il s’emploie à en tuer l’esprit pour mieux agir en maître.

Prenez garde messieurs les producteurs de scandales que votre tactique de l’attaque agressive, pour le succès à tout prix, ne se retourne contre vous, car les footballeurs, dont je suis, connaissent cette loi élémentaire des stades et peut être même de la vie : A trop se découvrir pour la seule conquête de la fin par des moyens pas toujours honorables, on risque les désagréments de contres imparables qui, trop souvent pour les joueurs téméraires, transmutent les victoires conjecturées en défaites mémorables.

Le supporter et les marchands du temple...

t-supporters.jpg

Le douxième homme : le supporter, c'est autre chose que le fan affalé sur son fauteuil, la télécommande à la main...

Vouloir dresser le profil type du supporter équivaut à définir celui de l’humanité toute entière.

La magie du football opère bien au delà de tout caractère, de toute classe, de toute condition. Si l’enfant court vers le stade, il est bien souvent précédé ou suivi de son père, son grand père, sa maman, sa mamie, sa cousine, son ami, son frère, le voisin, le chauffeur du bus qui l’a déposé, le patron de son oncle, le ministre qu’il a vu à la télé, le chanteur qui le fait rêver…

Si la nature du joueur se révèle sur le terrain, l’attitude du supporter révèle la nature de l’homme venu assister à la rencontre.

Combien sont-ils ces introvertis qui se sentent pousser les ailes de la gloire, combien sont-ils ces extravertis que les larmes empêchent de prononcer le moindre mot devant un chef d’oeuvre de Zidane ? Combien sont-elles ces femmes, mères, épouses, qui détestent leurs maris vautrés dans le canapé, devenus aveugle et sourds pendant 90 minutes et qui, pour autant, se sont ralliées à la cause du football lors de notre seule et unique victoire de la Coupe du Monde ? Magie, magie, le supporter est partout, potentiellement partout et il suffit d’un événement particulier pour que celui qui décriait alors vingt deux abrutis courant derrière une balle, devienne alors le plus ardent défenseur de la cause du football.

Les supporters vont vers les terrains comme les pèlerins convergent vers leur centre spirituel. Aspirés, attirés, ils vont vers leur intérieur, ils vont vers leur centre. J’aime le supporter. Celui dont la vie est rythmée par la palpitation de son équipe, celui qui pleure des défaites et des victoires. Celui dont le regard s’allume dès qu’il pénètre aux abords du stade. Celui que l’on nomme le douzième homme.

Je sais que la société fait naître des éléments « monstrueux » de notre pollution humaine, comment en serait-il autrement… ! Mais malgré cette déviation inévitable, il n’en demeure pas moins vrai que, là comme ailleurs, pour une poignée d’âmes perdues, venues se défouler et évacuer un mal de vivre, la grande majorité des amoureux des stades apporte une énergie sans laquelle les joueurs de ballons seraient, à coup sûr, orphelins.

Lorsque je jouais, je les voyais se presser autour de la main courante, puis dans les gradins. Certains étaient d’anciens joueurs, d’autres encore, souvent les plus fervents, n’avaient jamais participé à une rencontre. Chaque fois, la même fraîcheur, des sourires, des mains qui se posaient sur moi bénissant mon entrée dans le temple. Que de regards j’ai pu croiser dans lesquels s’étaient endormis les rêves les plus fous ! Parfois je percevais le cri étouffé du désespoir dû au chômage, à la séparation. D’autre fois, l’odeur forte d’une vie d’alcool pour anesthésier des douleurs trop intenses, embaumait une accolade. Mais toujours, toujours, derrière ces masques, je percevais l’innocence de l’enfant.

Je sais que les stades sont devenus aujourd’hui de véritables camps retranchés et j’enrage de voir la ceinture de C.R.S entourer ces « temples » comme ils entourent d’ailleurs certains lieux de culte. L’analogie devrait nous donner à réfléchir. La responsabilité est à rechercher dans les causes, non dans les conséquences.

Combien d’orphelins de la vie viennent chercher un sens à leur devenir, combien, comme des animaux hurlant une douleur que personne ne veut plus entendre, se traînent dans les virages des stades : Dernière clinique offrant encore, fut-ce le temps d’un match, l’illusion d’une vie sans souffrance, ou du moins, une souffrance que l’on peut hurler, sans crainte d’être enfermé entre les quatre murs d’une cellule ou d’un centre psychiatrique.

Les supporters me touchent et la manipulation dont ils sont l’objet à des fins mercantiles devrait alerter davantage les pouvoirs publics. Les quelques « déséquilibrés », au sens strict de ce mot, ne sont pas autre chose que les victimes, ou plutôt le résultat de politiques comptables de l’univers professionnel.

Tout dans notre société moderne se réduit à l’efficacité, la productivité, le résultat. Les exigences du monde du profit à tout prix, se conjuguent mal avec l’esprit du sport. Quelqu’un m’a dit un jour, lorsque l’on veut dîner avec le diable, il faut une longue fourchette. Celles de certaines instances footballistiques sont souvent trop courtes…

Tout dans notre société moderne se réduit à l’efficacité, la productivité, le résultat. Les exigences du monde du profit à tout prix, se conjuguent mal avec l’esprit du sport. Quelqu’un m’a dit un jour, lorsque l’on veut dîner avec le diable, il faut une longue fourchette. Celles de certaines instances footballistiques sont souvent trop courtes…

Ce monde très particulier abrite trop de vendeurs de « chair humaine » dont les velléités s’accordent mal avec mon amour du ballon. Bien que minoritaires, ces commerçants déguisés, associés à quelques « fédératifs » trop bien nourris, ont eut raison de mon envie d’évoluer dans ce que l’on appelle, bien improprement à mon avis, le « football de haut niveau ».

Le football est une voie initiatique, pas une activité commerciale. Cette voie ne peut se satisfaire de marchands du temple et ceux qui l’empruntent doivent être qualifiés pour le faire.

Combien sont ils ces « grands argentiers » du football à s’abreuver de la sueur de nos jeunes héros ? Combien de parasites se remplissent les poches, vidant les coeurs pour s’abreuver de ce nectar divin ? Publicitaires, médias, hommes politiques de tous poils venus récupérer, à des fins électorales, une victoire, une défaite, un joueur…

Combien de ces vautours planent au dessus de l’enceinte sacrée ? Ils vous objecteront sans doute qu’ils servent la cause du football… Il serait plus juste de dire qu’ils se servent de cette cause et, la plupart du temps, à des fins peu honorables.

kipling.jpgJe vais illustrer d’un exemple l’état d’esprit dans lequel s’est emprisonné le monde dirigeant du football actuel. Alors que je passais un diplôme d’éducateur, je me trouvais dans un centre de formation de jeunes joueurs. Comme chaque fin de semaine, les parents venaient chercher leurs progénitures. Quelle n’a pas été alors ma stupéfaction de surprendre l’altercation entre un formateur et un jeune à cause de l’oubli de son sac de sport « à l’effigie de la marque qui fournissait les équipements ». Il lui a été dit haut et fort que la prochaine fois, c’était l’exclusion du centre. J’étais assommé.

Je me revoyais, pieds nus, sur mon terrain vague algérien, disputant une rencontre de quartier pour une bouteille de sélecto, sous les hurlements des supporters locaux venus encourager nos efforts. J’avoue que cet événement m’a profondément marqué. Tellement que j’ai toujours enjoint les parents de jeunes joueurs à n’acheter que les équipements meilleur marché, convaincu que jamais l’équipement n’a fait le joueur.

Le « business supporter » est si juteux que les fumigènes que l’on condamne, sont vendus par ceux la même qui prétendent les interdire. Instaurer dans de telles conditions un code de comportement relève du miracle et je trouve que la délinquance de certains supporters est une délicatesse face à celle de ceux qui l’exploitent.

Malheureusement, ceux qui font commerce de l’humain ont compris, depuis fort longtemps, que la haine génère plus de profit que l’amour.

On a atteint de tels sommets que même les supporters finissent par être contaminés par le syndrome du résultat. Gagnez, sinon on ne vient plus vous voir ! Au lieu de laisser les speakers autour des stades haranguer les foules avec des slogans guerriers, il serait bon d’afficher, au dos des billets, un extrait, par exemple, du texte de Rudyard Kipling « Si… » :

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite

Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,

Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Seront à tout jamais tes esclaves soumis

Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un homme, mon fils.

(Traduction : Paul Eluard)