09/09/2010

Hallal, la revanche des exclus…

 

paris-hallal.com_new_logo.pngIl n’est pas certain que l’engouement pour ce sceau sacrificiel « hallal » soit totalement étranger à ce que subissent, à travers le monde, les populations de cultures musulmanes.

Les problématiques sont évidemment différentes selon que l’on est d’origine maghrébine ou africaine en France, là où la mémoire se crispe, turc en Allemagne ou bien encore Tunisien en Italie.

Une chose est sûre, depuis un certain nombre d’années et notamment depuis le fameux 11 Septembre 2001, l’Islam est devenu non seulement l’otage de toute les ignorances mais plus grave encore, le refuge de toute les déceptions et frustrations identitaires.

S’il ne s’agit aucunement de désigner ici un coupable ou un responsable de cette situation, il s’agit en revanche de tenter de comprendre comment sortir de cette polémique qui, au bout du compte, ne fera que des victimes.

Tout d’abord, puisque la question est souvent posée, qu’est ce donc au juste que cette appellation « Hallal » ?

Il semble que « Hallal » soit un mot Arabe qui signifie littéralement, ce qui est permis. Cette « permission » se réfère aux préceptes à partir desquels est jugée bonne par la révélation coranique et ses savants, tout ce qui alimente la vie d’un adepte de cette voie et pas seulement ce qui passe par son tube digestif.

Il n’en faut pas plus aujourd’hui pour que certains arabes se croient propriétaires de cette révélation au point d’en faire un signe particulier sur une nouvelle carte d’identité « hallalisée » et que des non musulmans soient d’une égale stupidité au point de penser que Hallal est le mot siamois d’Arabe.

D’autre part, il n’est peut être pas superflu de rappeler encore et encore que le terme « musulman »,(muslim, soumis à Dieu) s’il désigne celles et ceux qui adhèrent au message révélé par Dieu au prophète de l’islam, recouvre également l’ensemble de celles et ceux qui acceptent l’idée qu’ils n’ont pas leur raison suffisante et se conforment à une voie religieuse ou doctrinale orthodoxe quelle qu’elle soit, pour tenter d’accéder aux états supérieurs de leur conscience.

Ce qui fait dire à certains sages qu’un bon juif est forcément bon musulman, qu’un bon musulman est forcément bon chrétien, un bon chrétien forcément bon juif et que tous ces mots qui les spécifient ne sont que l’appellation particulière d’une foi commune exprimée en modes multiples.

Il nous reste le mot « Haram » que l’on entend également souvent et qui, lui, exprime autant l’interdit que le sacré. Du reste, on ne peut pas dire qu’il soit l’opposé de Hallal puisque ce qui est haram peut être ou pas hallal selon certaines conditions. La preuve : la Masjid el haram ou Mosquée sacrée de la Mecque est à la fois permise donc hallal à toutes celles et ceux, sans discrimination d’aucune sorte, qui souhaitent communier sur les lieux saints de l’islam en respectant les lois qu’impose ce pèlerinage et interdite à toutes celles et ceux qui s’y rendraient avec la seule intention de profaner.

Cette règle élémentaire du bien vivre ensemble s’étend à toute forme de société réglée par des devoirs et des droits quels qu’en soient la nature, d’ordre spirituel ou temporel.

Il est intéressant de noter que cette vague de piété hallal se soit insinuée en particulier dans le seul secteur alimentaire où s’engouffrent tous les faiseurs de fric par ailleurs absolument indifférents à toute forme de foi mais disposés à épouser n’importe quel Dieu pourvu qu’il puisse leur permettre d’accéder au paradis du CAC 40…

Il est à craindre que si l’ensemble des gouvernements qui se crispent sur cette illusion au lieu de la dissiper ne font pas le travail nécessaire pour réhabiliter rapidement ceux qu’ils excluent depuis tant d’années, le fléau s’étendra à l’ensemble des activités de nos sociétés. Rien ne dit alors que les labels divins ne se mettent à fleurir sur le terreau fertile de l’obscurantisme de nos sociétés civilisées.

Nous aurons ainsi des candidats hallal aux élections, des artistes kacher, des piscines et université chrétienne et des services de moins en moins publics….

Toutes ces « normes identitaires » stigmatiseront un monde fractionné par l’incompétence et l’inconscience de gouvernements successifs incapables de traiter les problèmes de fond de nos sociétés.

Le plus inquiétant, dans la contagion de ces revanches ou affrontement des mémoires par Dieux interposés, reste la propagation de ces sectarismes qui risquent de voir s’exacerber les haines et refleurir les intégrismes de tous bords.

Alors, Messieurs qui vous croyez grands et qui poussez les peuples dans les bras de Dieux revanchards, mettez vous au travail avant que ne sonne le glas, et levez le voile de votre indifférence sur une souffrance insupportable que votre lâcheté a posée en bâillons sur des générations de citoyens désespérés.

 

17:20 Publié dans La vie du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hallal, cacher, dieu, foi, politique, identitaire | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |

28/06/2010

Il était une Fois... Des marchands de Foi !

00793070-photo-affiche-le-bon-la-brute-et-le-truand.jpgLorsque j’ai publié mon premier essai en 2005 (Une balle pour la Paix - Football sport sacré ? Editions Mélanges), je ne pouvais supposer que cinq ans plus tard, une recrudescence de « signes extérieurs de religiosité » allaient à ce point marquer la coupe du Monde 2010.

La palme revient sans conteste à Diego Maradona, sélectionneur de l’équipe d’Argentine qui ne peut plus compter sur sa seule main pour conquérir son graal.

Pris d’une ferveur compulsive, il enchaine les signes de croix comme Eli Wallach, la brute dans cet inoubliable western spaghetti des années 70 « Le bon, la brute et le truand ». Notre Diego peut même s’enorgueillir du succès de ses incantations puisque non seulement son équipe enfile les victoires mais, de surcroît, elle a bénéficié, lors de son huitième de finale contre le Mexique, d’une intervention occulte qui a littéralement aveuglé un des arbitres de touche : Frappé d’on ne sait trop quelle amnésie providentielle, il a « oublié » le hors jeu de Carlos Tevez sur le premier but qu’il inscrit pour l’Albicéleste.

De là à penser que le nombre de signes de croix est déterminant dans le résultat des rencontres de son équipe, il n’y a qu’un « petit pont » que notre faiseur de miracle, à la main joueuse et pieuse, saura franchir sans états d’âme.

Ainsi, après le fléau qui s’est insinué dans le sport, par les nationalismes sectaires que nous avons dénoncés par ailleurs, (voir chronique « Coupe du Monde 2010 : la fin des équipes nationales) nous assistons aux manifestations de foi qui, de notre point de vue, loin d’exprimer la moindre intuition intime relèvent plutôt de la plus banale superstition…

Bien entendu, il ne s’agit aucunement pour ces « bondieusards » d’évoquer ce qui peut faire accéder à une quelconque transcendance mais bien de conjurer ce qui pourrait les empêcher de prendre le pouvoir. Car en définitive, c’est bien uniquement de cela dont il s’agit et je vous garantie que la manière importe peu à tous nos sélectionneurs, présidents de fédérations, ou ministres des sports et bientôt, au train ou vont les choses, aux ministres des cultes, avides de domination. Ce qu’il leur faut à tout prix et même à n’importe quel prix, c’est monter sur la première marche : Place au score !

Malheureusement, l’expérience nous enseigne que, quel que soit le domaine où la quantité prend le pas sur la qualité, les consciences se sclérosent et s’affrontent.

Loin de moi la volonté de dénier le droit de chacun à l’expression de sa foi, mais il me semble que lorsqu’elle est pure, elle ne s’embarrasse pas de tout cet attirail ostentatoire voire prosélyte qui s’affiche au bord des pelouses. Les signes extérieurs de religiosité sont à la foi, ce que le doudou est à l’enfant, un contre phobique. La différence réside dans les conséquences de ces déséquilibres.

Cette coupe du Monde 2010 offre toutes les surprises et celle-là est de taille. On s’interroge sur la pertinence d’un arbitrage vidéo, qui émeut jusqu’aux chefs d’états, mais pas une voix ne s’élève pour prévenir des dangers de ces manifestations de chapelles. Ces simulacres d’oraison devraient inciter à la prudence, les élites sacerdotales quelles qu’elles soient avant que les dérives de ces comportements immatures ne viennent polluer un peu plus les esprits les plus fragiles.

Si le Sacré inclut les religions, les doctrines et tout ce qui se manifeste en ce bas monde, il s’affranchit, « grâce au ciel », des petitesses dévastatrices des dévots de bistrots.

Encore une fois, il ne s’agit pas d’exprimer une quelconque révolte mais simplement de mettre en garde contre ces petits riens qui finissent par faire de si grands riens qu’ils accouchent d’immenses chaos.

Le football est, de notre point de vue, la manifestation incontestable du sacré. Cette notion a pour seule fonction de « rassembler ce qui est épars », de permettre ici ou ailleurs la conscience de la communauté originelle de tout être et de toute chose.

Le football offre à vivre la réalité des rencontres par la joie et le partage.

Nul ne sait, à l’heure où j’écris ces lignes, qui de l’Argentine, de l’Espagne ou de toute autre équipe emportera le trophée 2010, mais une chose est certaine, ni la croix, ni le croissant, ni aucune étoile du ciel ou d’ailleurs, aucun symbole, aucun signe, même gesticulé par des « singes de Dieu », ne décidera du résultat de cette coupe du Monde et ce, pour cette simple raison, que la foi est une oraison muette et silencieuse qui ne se nourrit d’aucune gymnastique frénétique et hystérique mais seulement d’intentions pures et de paix.