25/01/2011
L'odeur du Jasmin blanc...
Un de mes amis, d’origine Tunisienne, chirurgien de profession, conseiller municipal à la ville de Nice a été hué lors d’un rassemblement qu’il avait organisé pour rendre hommage à la cause Tunisienne. Le prétexte argué par ses détracteurs est une photo où on le voit aux côtés du président exilé…
Je dois admettre que cette photo érigée en potence m’a affecté autant que révolté. Affecté parce que j’ai appris depuis qu’elle était l’œuvre de trois faiseurs de scandale, affecté parce que cette photo fut prise lors de la réception du Président déchu à Nice et non pas comme signe d’une « amitié diabolique »; révolté parce que le ou la journaliste chargé (e) de se faire l’écho* de ce rassemblement a omis de préciser que les centaines de personnes présentes, toutes origines et confessions confondues, ont communié sans la moindre arrière pensée politicienne pour honorer la souffrance et le courage du peuple Tunisien.
La chasse aux sorciers et aux sorcières est un exercice dans lequel excellent toujours les révolutionnaires de dernière minute. La France a connu ça en son temps et il est consternant de constater à quel point ceux qui résistent le moins pendant les révolutions sont les plus prompts à lyncher après les libérations.
Loin de moi l’idée de minimiser les exactions du pouvoir tunisien, qu’au demeurant toutes les démocraties occidentales jugeaient jusqu’alors fréquentable, mais je voudrais dire ici que le seul fait d’avoir été pris en photo aux côtés du représentant suprême d’un pays souverain ne doit pas faire de nous un complice systématique.
Combien d’ailleurs de nos personnalités les plus « respectables », qu’ils soient élus, artistes, sportifs ou autres, se sont trouvés, pour les besoins d’une cause, bien plus noble que ceux qui s’en servent, « immortalisés » aux côtés d’une fripouille notoire au seul prétexte que ce dernier était élu par son peuple ? Beaucoup de pays ont des urnes encore trop opaques...
Combien d’entre nous, originaires d’un pays étranger, se trouvent obligés de composer avec ceux qui les gouvernent sous peine de se voir exilés à vie de la terre de nos ancêtres ? Il est facile pour celles et ceux qui ne subissent pas ces contraintes de s’indigner à la vue de telle ou telle photo mais ces donneurs de leçons seraient bien inspirés de réfléchir :
Quand Zidane va en Algérie, terre de ses parents, peut-il faire l’économie de la photo avec le président Bouteflika au risque de mettre sa famille en danger ?
Quand Jamel Debbouze parade aux côtés de Mohamed VI est-il copain de circonstances ou complice du pouvoir ?
Quand Didier Drogba se rendait en côte d’Ivoire, pouvait-il refuser la main de Mr Gbagbo ? Et demain, pourra-t-il ignorer celle de Mr Ouattara ?
Quand Nicolas Sarkozy part en terre chinoise, peut-il s’offrir le luxe de fuir les caméras en souvenir de Tian'anmen ?
Qui est à même de préjuger ou de juger de la bonne attitude à adopter face à des contextes si particuliers, si sensibles, si fragiles ?
Pourtant, c’est la même presse qui se félicite de contrats commerciaux passés avec des pays totalitaires tandis qu’elle s’offusque par ailleurs des exactions commises dans ces mêmes pays.
L’Homme n’est pas une science exacte et les alliances que nous contractons au gré de nos vies devraient nous inviter à plus de retenue que de jugement. Qui de nous ne regrette pas certaines zones de sa propre histoire ? Qui de nous peut prétendre à l’immaculée fréquentation ? Qui dans sa famille, dans son entourage voire parmi ses amis n’a pas quelque secret inavouable ?
Notre intention est notre seul guide et notre loyauté ou cohérence, notre seul juge. Je pourrais citer pléthore d’exemples où nous nous trouvons otages de ceux qui gouvernent quand bien même nous serions leurs invités. Gageons que certains, qui hier encore encensaient Ben Ali, sont les plus prompts aujourd’hui à lyncher les membres de sa famille.
Si le peuple tunisien se laisse entraîner par la haine, il est à craindre qu’il se colore du même sang que ses tortionnaires. L’assassinat est un acte inacceptable mais la vengeance aveugle est impardonnable.
Le peuple, contrairement à ce que d’aucuns voudraient laisser croire, n’est pas à même d’assurer seul sa propre gouvernance et, quitte à choquer les bonnes consciences du politiquement correct, je prétends que si les élites intellectuelles tunisiennes ne parviennent pas à endiguer le flot nauséabond des vengeances stériles, la révolution de Jasmin prendra l’odeur âcre et la couleur du sang.
Ordo ab chao**, mais la gouvernance du monde et des hommes ne doit jamais être laissée aux mains des opportunistes pragmatiques. La démocratie ne se décrète pas, elle se construit. La démocratie n’est pas un canevas unique prêt à poser sur toutes les consciences du monde. La démocratie est une idée qu’il convient d’adapter aux mentalités de celles et ceux qui, épris de liberté, s’emploient à ne pas limiter celles de leurs semblables par l’étroitesse de leur point de vue.
La démocratie tunisienne n’aura pas la même couleur que la démocratie Française. La démocratie tunisienne n’aura pas le même dessein que celle à naître chez ses voisins algériens et ses cousins marocains. La démocratie Tunisienne doit s’affranchir du dictat de l’occident pour recouvrer l’originalité de son identité et la force de sa culture.
Enfin, je dirais que si les tunisiens doivent prendre en main leur destinée, ils ne doivent en aucun cas oublier l’immolation d’un homme qui invite, non pas à la politique de la terre brulée comme certains voudraient l’y conduire, mais bien à transmuter en lumière, la flamme de son ultime sacrifice.
** « L’ordre né du désordre »
18:35 Publié dans La vie du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, marouane, bouloudhnine, nice, jasmin, collectif, nicematin, peuple, révolution, démocartie, sang, algérie, maroc |
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19/01/2011
Solidarité, pour un monde social et solidaire...
La solidarité prend souvent sa source au cœur des drames et l’eau qui en jaillit est toujours teintée de sang et de larmes. Il a suffit qu’un citoyen anonyme offre aux flammes sa souffrance, pour que sa mort donne vie à tout un pays dominé par la peur.
La Tunisie vient d’exhaler un parfum dont les effluves se propagent bien au delà du Maghreb et des pays Arabes ou supposés musulmans. Cette senteur de liberté pourrait bien inspirer tous ceux qui souffrent et n’osent plus croire à la faculté d’agir leur destin.
Les discours entendus ça et là sur la mentalité Tunisienne ou Marocaine prétendument « naturellement soumise à la force du pouvoir… », ont volé en éclats par les mêmes balles qui ont tués plus de 70 civils et blessés des centaines de tunisiens. Les plus forts ne sont pas toujours ceux que l’on croit.
En France comme au Maghreb, on colporte souvent cette légende qui fait de l’Algérie la nation dont on envie le courage et dont on craint le courroux.
Qu’en est- il aujourd’hui de cette légende et quel est le sentiment nourri en ces heures de trouble par les voisins de Carthage ? Sans doute plus d’envie et de regrets que de solidarité et d’admiration. Envie de d’imiter les « paisibles cousins », mêlée d’une rancœur de se faire voler la vedette et regret de ne plus trouver la force de refuser, comme eux, l’impossible quotidien.
Tant que l’Algérie pouvait briller de la flamme de son Indépendance, le peuple pouvait se satisfaire du souvenir de cette gloire mais aujourd’hui cette auréole ne brille plus que sur les tombes abandonnées des martyrs oubliés. Le peuple Marocain attend sans doute son heure et, plus sûrement encore que son voisin de pallier, manifeste quelques velléités avant de s’engager à son tour sur le douloureux sentier.
Le Maghreb bouge, comme le reste du monde et peut être plus encore, parce que l’énergie de sa jeunesse vibre à l’unisson de sa souffrance. Le Maghreb bouge et bien au-delà de ses frontières géographiques, il est en train de pousser les murs de son désespoir.
Les visas imposés par les pays européens, la France en tête, pourraient bien devenir, si l’on n’y prend garde, le germe d’une révolte plus grave encore et l’enfermement imposé par ces craintes et ces contraintes creuse les fondations de notre propre caveau.
Il faut ouvrir nos frontières, non pour accueillir toute la misère du monde comme on l’entend ça et là mais au contraire pour la combattre car la plus grande des misères est intellectuelle et l’entrave à la circulation des peuples reste la cause première de crispation et solidification du monde.
Le paradoxe de cette politique réside dans sa faculté à vouloir mondialiser, tout en érigeant des murs de plus en plus hauts entre les peuples. La terre ne se réduit pas à quelques échanges boursiers sur les places fortes dominées par des spéculateurs.
La terre est peuplée de femmes et d’hommes dont les cœurs et les consciences se nourrissent d’autres aliments que les indices du CAC 40. Il serait temps que la solidarité, dont se targuent les agents du F.M.I, prenne une autre forme que l’administration d’aumônes anti-inflammatoires destinées à masquer le mal des peuples en souffrance.
La solidarité pour permettre aux peuples du monde de s’approprier la chose publique ne passe plus par les déclarations d’intention des élites dévoyées, mais par la restauration des principes au nom desquels ils prétendent gouverner.
Qui osera le premier ouvrir la porte de notre maison France pour permettre au Maghreb de se démocratiser, de nous démocratiser ? Qui, en Europe, de nos « grandes démocraties » aura le courage et la lucidité d’écrouler la grande muraille des peurs et des préjugés ?
Le monde est semblable à un grand corps humain et personne ne doute qu’une mauvaise circulation à des conséquences souvent désastreuses. Faciliter la libre circulation des individus plus encore que des biens reste la meilleure garantie d’un mieux vivre ensemble pour apprendre à s’aimer. N’est ce pas ce à quoi nous sommes en devoir d’œuvrer pour notre humanité, n’est ce pas là après tout le sens premier et ultime de la solidarité ?
15:10 Publié dans La vie du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : solidarité, droit, homme, social, tunisie, maghreb, algérie, maroc, frontières, circulation, libre, liberté, monde |
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