19/06/2010
Coupe du monde 2010 : la fin des équipes nationales !

Le concept de Nation qui a pris son essor au XVI siècle, a connu son apogée avec la révolution Française. L’Autorité spirituelle, qui jusqu’alors unissait des communautés de pensées, au-delà des lieux de naissance ou de résidences, a fait place à l’idéal patriotique.
Loin d’être rassemblés par la conscience d’une cause supérieure à l’individu, les nationalistes ont accouché d’une parodie de principe qui leur a permis de substituer habilement au concept de communauté de consciences, celui de communauté d’intérêts.
Le matérialisme croissant porté par la vague révolutionnaire a fini de recouvrir les derniers vestiges de l’Autorité spirituelle qui jusqu’alors organisait le monde. Fractionnées au gré du pouvoir des plus forts, l’appropriation des terres est devenu le jeu et l’enjeu majeur des ambitions cupides des princes sans couronnes.
Pourquoi cette l’évocation de cette genèse ? Pour nous alerter sur l’urgence à se départir des armes de destructions massives, que sont devenues ces armées en crampons, désignées par le terme d’ « équipes nationales ».
Ces bataillons de mercenaires, loin d’unir les peuples par le partage d’une passion commune, exacerbent les intérêts et les pulsions les plus inférieurs de notre nature humaine. On est en droit de vibrer à la vue d’un athlète qui possède la maîtrise de son art et en devoir d’encourager son œuvre, mais depuis quand ne faudrait-il manifester son admiration, qu’en fonction de la couleur du maillot des virtuoses ?
Qui a érigé en devoir de supporter telle ou telle équipe en fonction du seul critère imposé par la rubrique Nationalité figurant sur nos cartes d’identités ?
Comment, à l’heure où ceux là même qui nous gouvernent posent la question de « l’Identité Nationale », comment nos parangons de morale, scandalisés par le mutisme des joueurs à l’écoute d’hymnes, devenus soudainement sacrés pour l’occasion, comment nos gouvernants de salon sont-ils à ce point frappés de cécité, pour ne pas voir que leur Idéal National est en train d’imploser ?
Comment voudriez vous dans ce contexte de mondialisation, de métissage croissant qui fait évoluer un fils de turc en équipe Nationale Allemande, un fils d’Algérien en équipe de France, un fil de Sénégalais dans celle du Danemark, comment voudriez vous que soit indéfiniment validée cette absurdité ?
Sans vouloir vous importuner des avatars de ma petite vie, je suis contraint de vous livrer un peu de mon histoire personnelle afin de vous démontrer, si besoin était, l’inanité de cette notion obsolète et dévastatrice que constitue cette illusion qu’est la Nation et la folie qu’elle engendre.
Je suis de mère Française et de père Algérien et les seules émotions qu’ont jamais fait naître en moi ces deux cartes d’identités, se limitent à celle qu’a toujours provoqué leur présentation aux polices des mes deux « mère patrie ».
Pour le reste, le seul bonheur de ces appartenances accidentelles réside dans l’humanité que je partage de chaque bord de la Méditerranée avec celle et ceux qui ont su s’affranchir de ces chimères.
Les Nationalismes ne servent qu’à dresser les peuples les uns contre les autres afin de mieux les manipuler.
Oui, je peux pendant une même rencontre de football supporter alternativement l’une ou l’autre des équipes et ce, pour la simple et excellente raison que j’aime le football. J’aime le beau jeu indépendamment de la couleur du maillot, de celle de celui qui le porte ou le pratique. J’aime le football parce qu’il est un principe universel et unificateur. J’aime le football parce que sa nature nous affranchit des frontières sectaires et vulgaires des nationalismes criminels.
Non, je n’ai jamais chanté la Marseillaise* ou Kassaman* et j’en suis fier. Si mon père Algérien a versé son sang pour libérer la France du nazisme puis l’Algérie du colonialisme, ça n’était pas par patriotisme, encore moins pour la gloire des médailles qu’il a toujours refusées, mais pour la seule raison qui ait jamais prévalue à ses yeux, l’amour, la liberté et la dignité de notre humanité.
Ou alors dites moi comment faire communier deux équipes et leurs peuples autours de chants qui les invitent à s’entre tuer ?
KASSAMAN – Hymne national algérien
Texte : Le Poéte et militant nationaliste, Moufdi Zakaria, Le 25 avril 1955
Musique : L'artiste tunisien, Mohamed Tourki, et le compositeur égyptien, Mohamed Fawzi.
Traduction française
Par les foudres qui anéantissent,
Par les flots de sang pur et sans tache,
Par les drapeaux flottants qui flottent
Sur les hauts djebel orgueilleux et fiers,
Nous jurons nous être révoltés pour vivre ou pour mourir,
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Refrain : Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !
Nous sommes des soldats pour la justice, révoltés,
Et pour notre indépendance nous avons engagé le combat,
Nous n'avons obéi à nulle injonction en nous soulevant.
Le bruit de la poudre a été notre mesure
Et le crépitement des mitrailleuses notre chant favori.
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Refrain : Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !
Ô France ! le temps des palabres est révolu
Nous l'avons clos comme on ferme un livre
Ô France ! voici venu le jour où il faut rendre des comptes !
Prépare toi ! Voici notre réponse !
Le verdict, notre Révolution le rendra
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Refrain : Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !
Sur nos héros nous bâtirons une gloire
Et sur nos corps nous monterons à l'immortalité,
Sur nos âmes, nous construirons une armée
Et de notre espoir nous lèverons l'étendard.
Front de la Libération, nous t'avons prêté serment
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Refrain : Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !
Le cri de la patrie monte des champs de bataille.
Écoutez-le et répondez à l'appel.
Écrivez-le dans le sang des martyrs
Et dictez-le aux générations futures.
Nous t'avons donné la main, ô gloire,
Et nous avons juré de mourir pour que vive l'Algérie !
Refrain : Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !
LA MARSEILLAISE – Hymne national français
Le texte a subi plusieurs modifications de couplets.
On conte aujourd'hui 12 couplets et un couplet des enfants. La majorité des couplets n'est plus dans la version « officielle », celle que l'on trouve sur le site internet de l'Élysée. Seul le premier couplet est chanté lors des événements.
Deux couplets (les « couplets des enfants ») ont été ajoutés ultérieurement, dont l'un d'eux a depuis été supprimé de la version « officielle ».
Enfin, eu égard à son caractère religieux, le 8e couplet a été supprimé par Joseph Servan, ministre de la Guerre, en 1792. Un autre couplet a été supprimé car il a été jugé trop violent.
Sur la partition originale de Rouget de Lisle, on voit clairement écrit « Marchez, Marchez » au refrain, qui s'accorde avec « Formez vos bataillons », 2e personne du pluriel. La transcription officielle est pourtant « Marchons, marchons », qui tenterait d'établir une rime avec « bataillons » et « sillons ». En réalité, Rouget de Lisle était capitaine. Et en qualité d'officier, il commandait ses hommes. D'où la formule impérative. Néanmoins la Marseillaise est une marche et on peut imaginer que les soldats en manœuvre en reprenaient le refrain, en chantant "marchons" et non "marchez". Cette version se serait imposée par transmission orale.
La version dite « officielle » est la suivante :
1er couplet :
Allons enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie,
L'étendard sanglant est levé, (bis)
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes !
Refrain :
Aux armes, citoyens
Formez vos bataillons
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !
Couplet 2 :
Que veut cette horde d'esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ? (bis)
Français, pour nous, ah ! quel outrage
Quels transports il doit exciter !
C'est nous qu'on ose méditer
De rendre à l'antique esclavage !
Refrain
Couplet 3 :
Quoi ! des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ! (bis)
Grand Dieu ! par des mains enchaînées
Nos fronts sous le joug se ploieraient
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !
Refrain
Couplet 4 :
Tremblez, tyrans et vous perfides
L'opprobre de tous les partis,
Tremblez ! vos projets parricides
Vont enfin recevoir leurs prix ! (bis)
Tout est soldat pour vous combattre,
S'ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produit de nouveaux,
Contre vous tout prêts à se battre !
Refrain
Couplet 5 :
Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Épargnez ces tristes victimes,
À regret s'armant contre nous. (bis)
Mais ces despotes sanguinaires,
Mais ces complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !
Refrain
Couplet 6 :
Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs ! (bis)
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !
Refrain
Couplet 7 (dit couplet des enfants) :
Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus,
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus (bis)
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre
Refrain
14:03 Publié dans Après la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : coupe, monde, nationale, équipes, football, nationalité, identité, pays |
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17/06/2010
Luc Ferry, culture ou inculture du sport ?*
*En réaction à la chronique de Monsieur Luc Ferry dans le Figaro du 17 juin p.15 - A lire ICI
C’est un penchant bien connu des sophistes d’affirmer tout et son contraire.
Nombreux sont celles et ceux qui, de nos jours, se parent du titre de philosophe et prétendent faire autorité en toutes matières. Monsieur Ferry ne déroge pas à cette triste règle et sa chronique parue dans le figaro prouve, si besoin était, la faculté avec laquelle certains s’arrogent le droit d’asséner des points de vue aussi stériles qu’inutiles sur des sujets dont, à l’évidence, ils ne possèdent aucune maîtrise.
Comment peut-on espérer résoudre un problème en posant d’aussi mauvaises questions ou, pour accorder le crédit de la méconnaissance à Monsieur Ferry est ses semblables, comment peut-on les poser aussi maladroitement ?
Monsieur Ferry, vous qui avez été ministre de l’Education Nationale ne pouvez, à ce point, confondre l’Idée et sa représentation, la fonction et celui qui l’incarne, le foot de quartier ou d’école et l’Equipe de France. Stigmatiser les uns à cause des travers des autres relève d’une préoccupante myopie intellectuelle. Vous agissez comme ceux qui, ne voyant plus la lumière, finissent par en nier l’existence.
Non, Monsieur Ferry, le sport ne se limite pas aux clichés que vous évoquez, non Monsieur Ferry, dans les prisons où notre association travaille, il n’y a pas de place pour les dérives que vous décrivez et qui, pour existantes qu’elles soient dans le monde dessiné par les médias, sont loin de se limiter à ces déviances. Réduire aux seuls clichés médiatiques les vertus d’une activité humaine essentiellement aussi noble est absolument désolant et votre confidence ultime concernant votre inclinaison personnelle vers la formule 1 ou les matchs de prestige ne change rien à l’affaire.
Pour ce qui nous concerne, loin de nous arrêter aux seules apparences colportées par les faiseurs de scandales, nous connaissons les bienfaits réels d’une éducation par le sport qui, loin de se limiter aux seules considérations morales, permet de transmettre la conscience du lien entre tous et la nécessité de la cultiver pour la renforcer et la préserver. Notre association œuvre au quotidien dans les clubs, les prisons, les écoles, partout où l’on nous accorde la possibilité de transmettre par le jeu, ce que l’école peine à enseigner par la contrainte.
L’aspect enjeu et même compétition ne nuit en rien au dépassement de l’individu à condition de transmuter la vision agonale, dont on a injustement affublé le sport, en vecteur d’échange, de partage, de paix.
Le sport est effectivement ce que l’on en fait et la vision que l’on a des choses dépend aussi de notre aptitude et de notre volonté à les appréhender.
Ainsi, Monsieur le ministre, plutôt que de décrier ce qui fait rêver les enfants, plutôt que de mettre l’accent sur les seuls aspects pervers et pervertis de tel ou tel sport, je vous suggère de nous aider à parfaire et à continuer notre action pour extirper des mentalités la seule vision guerrière qui prévaut de nos jours, afin de transmuter les affrontements en rencontre, les adversaires en concurrents, certaine victoires en défaites et certaines défaites en victoire.
Quand aux talents naturels dont bénéficient certains « élus » que vous incriminez, réjouissez vous plutôt de cette aubaine et enseignez à l’élu comment faire œuvre de grandeur en ajustant son effort au niveau de don qui lui a été offert afin que tous en bénéficient.
Les déviances qui habillent le sport, la politique, l’éducation, l’environnement ne doivent pas être prétexte à renoncer et encore moins à rendre responsable de tous les maux ce que nos inconsciences entachent.
Le monde prend la couleur que nous lui donnons et la rivière où les poissons meurent ne porte pas le responsabilité de la pollution.
Je vous concède volontiers que les plans de conscience des footballeurs ne souffrent pas la comparaison avec le Christ, Galilée, Hugo ou De Gaulle mais est-il bien raisonnable d’établir ce genre de comparaison ? Les plans d’action de ces personnages ne sont déjà pas comparables entre eux, bien que pour ce qui concerne le Christ, il n’est pas certain qu’il ne soit pas plus près d’un Messi, ( pardon pour le jeu de mot bien involontaire), que d’un De Gaulle car le stade est un lieu de communion bien plus vivant que ne le sont les lieux de cultes, les assemblées politiques ou les laboratoires de recherches.
Monsieur Ferry, j’espère sincèrement que votre vision parviendra à s’ouvrir, au-delà de l’écran déformant, sur l’univers de grandeur, de noblesse et d’espoir qu’est le sport.
L’ancien footballeur professionnel que je suis, l’éducateur que je prétends être et l’homme que je tente de devenir vous invitent à plus de mesure avec la conviction que, fort de cette prudence, lorsque vous ne serez plus qu’un souvenir, certains s’aventureront à déclarer que vous étiez l’inlassable quêteur d’une sagesse à laquelle vous saviez que l’on ne peut que prétendre…
21:43 Publié dans Pendant la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ferry, figaro, sport, football, formule 1, éducation, nationale, ministre, vertu |
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