19/12/2010
30 Jours de « plongée » au cœur de trois clubs de football de Seine et Marne*
Le bilan de l’année écoulée nous a permis de mesurer le chemin parcouru et plus encore celui à parcourir. Nous ne pouvons passer sous silence, l’absence totale de soutien des autorités footballistiques locales et nationales qui, par cette attitude, ont malheureusement confirmé et illustré les raisons profondes du comportement déplorable de notre équipe de France et de son sélectionneur de l’époque.
Le manque d’investissement en matière d’éducation de la part de celles et ceux qui sont aux commandes des fédérations sportives ne peut induire que des situations analogues à celle vécue en Afrique du sud. Malheureusement cet évènement déplorable, loin d’avoir éveillé les consciences des dirigeants du Football Français, semble les avoir plongés un peu plus dans la préservation de leurs intérêts particuliers.
Pour autant cette défection à laquelle évidemment nous nous attendions n’a en rien entamé notre volonté ni celle des responsables Jeunesse et Sports ou l’investissement du service concerné (ACSE) de la préfecture de police de Seine et Marne. Cette instance a pourtant été contrainte d’amputer considérablement le budget alloué à cette action justement parce que la FFF n’a pas souhaité soutenir officiellement notre travail. Nous avons donc choisi de ne pas nous arrêter sur l’attentisme d’une fédération pusillanime pour ne nous consacrer qu’à notre tâche.
Après avoir dressé un rapide bilan de l’année passée, nous avons eu la bonne surprise de constater que le club Terrain de la Paix le plus ancien, l’Eglantine Vierzonnaise, s’est vu attribuer par cette même FFF, via la Fondation du Football, et par l’agence de l’Education par le sport, des prix et trophées de lauréat national, pour plusieurs actions éducatives et sociales, basées sur la pédagogie des Terrains de la Paix. Etrange paradoxe d’une instance qui récompense officiellement ce qu’elle feint d’ignorer officieusement !
Trêve de cette polémique pour vous dire à quelle point le plus important n’est surement pas les trophées reçus ou l’enveloppe budgétaire allouée, mais le fait que notre club de Vierzon a vu en quelques années de travail éducatif, toutes ses catégories monter en division supérieures, prouvant ainsi de manière irréfutable que l’éducatif loin de nuire au compétitif ne fait que l’optimiser.
Venons en maintenant à l’immersion proprement dite en Seine et Marne pour vous raconter comment d’atelier en atelier, nous avons réussi, avec le concours permanent de la DDCS, à redonner espoir et volonté de faire émerger en France, des pôles d’excellence en matière d’éducation par le football ; Car c’est bien de cela dont il s’agit dans notre action : enseigner par le jeu et par le plaisir plutôt que par la contrainte.
Réunis en salle chaque soir, nous avons, 30 jours durant, offert, écouté, partagé, échangé, expliqué, décrypté, analysé, espéré pour enfin communier.
Redire à ces jeunes et aux éducateurs et dirigeants qui les encadrent, la chance d’être passionné par une activité humaine qui, pour ludique qu’elle soit, n’en reste pas moins la chose la plus sérieuse au monde pour plusieurs milliards d’individus.
Nous avons pu commenter le « Code des Stades » et sa signalétique posée sur les terrains de jeu et dans les vestiaires.

Nous avons parlé des lois du jeu qu’ils ignorent pour la plupart et leur proposer, grâce au livret « Football et République », leurs correspondances dans la société civile par un jeu de transfert permanent entre ce qui se vit sur le stade et dans leur environnement quotidien.
Nous avons évoqué, grâce au « Lexofoot », le langage et l’importance fondamentale des mots pour exprimer nos pensées. Des mots devenus banals tel que le mot adversaire sur lequel nous nous sommes, ensemble, attardés, leur ont permis de comprendre qu’il valait mieux lui préférer celui de concurrent simplement parce que celui que l’on rencontre pour partager une passion commune ne doit pas être considéré comme celui que l’on affronte comme on a coutume de le leur apprendre et que ce concurrent ne sera jamais pris pour ennemi puisque c’est bien le sens premier du mot adversaire (ennemi du genre humain).
Ce mot dont nous savons, bien que l’usage en ait affaibli le sens, qu’il n’en est pas moins utilisé indifféremment selon qu’il désigne celui que l’on rencontre et celui que l’on affronte. Ce mot banalisé par simple commodité de langage a fini par polluer les mentalités autant que nos rivières le sont par la paresse et l’irresponsabilité de celles et ceux qui trouvent plus simple d’y jeter les objets qui les embarrassent.
Enseigner le football se fait autant avec la balle qu’avec le verbe qui la symbolise.
Dire que lorsqu’ils jouent ils se parlent est essentiel pour tous ces jeunes gens, trop souvent convaincus que dans la société civile, leur parole est devenue inaudible voire inutile. Les entendre exprimer leurs révoltes à travers des situations de jeux qu’ils évoquent, nous a permis de leurs faire assentir les parallèles entre le tacle par derrière détestable sur les terrains et celui non moins insupportable que trop souvent des joueurs mal intentionnés de la société civile leur infligent au quotidien. Qu’il s’agisse de stigmatisation pour des origines sociales, ethniques ou religieuses, les tacles subis par ces jeunes gens, pleins du désir de jouer dans la grande partie qu’est la vie, ne manquent pas de leur rappeler ceux qu’ils subissent parfois sur les terrains.
Inviter les éducateurs à maîtriser leurs émotions pour ne pas transmettre une tension, une pression qui en rien n’est bénéfique pour le jeu a permis aux plus bouillonnants de prendre conscience que vociférer en permanence des instructions et plus souvent des remontrances est absolument inutile, sauf pour celui qui s’illusionne des effets du « shoot » verbal que provoquent, sur les joueurs, les hurlements de bancs. Nombreux nous ont remercié de leur avoir rappelé et parfois même fait comprendre que seul le calme permet la lucidité et donc une meilleure efficience du jeu.
Nous nous sommes employés à rappeler aux éducateurs leur rôle d’enseignant et leur devoir, à ce titre, d’élever le niveau de leurs joueurs plus encore sur un plan humain que sur le seul plan footballistique. Nous avons insisté sur cet axiome immuable qui veut que l’équipe prend la « couleur » de son éducateur et que l’attitude de ce dernier dans tous ses rapports à l’autre (éducateurs, dirigeants, parents, arbitres) était déterminant dans le comportement des joueurs sous sa responsabilité. S’il s’agit de former des joueurs, il ne s’agit en aucun cas de les formater et c’est une tâche autrement plus noble et plus importante pour la société de les aider à devenir des hommes plutôt que d’en faire des personnages de console de jeux.
De l’arbitre, nous avons évoqué l’origine pour faire assentir son rôle bienveillant et par là rappeler l’illégitimité autant que l’illégalité des contestations de ses décisions pendant le déroulement d’une rencontre, quels qu’en soient les auteurs. Utilisant continuellement le transfert nous avons lié la nécessité absolu du respect de la fonction arbitrale à celle de toute forme d’autorité, qu’elle soit incarnée par les parents, les enseignants, les forces de l’ordre, rappelant au passage que si l’individu qui la représente peut être défaillant, la fonction qu’il incarne ne saurait l’être en aucune façon.
Justifier et accepter les contestations arbitrales ou injures, au seul prétexte d’une liberté d’expression que chacun s’arroge pour la satisfaction des égos, ne saurait en aucun cas être considéré comme une juste cause. A l’issu de longs entretiens, ils ont donc compris et admis qu’il fallait respecter à priori l’autorité incarnée avant de s’arrêter sur l’individu qui l’exerce. Nous avons invité certains d’entre eux à considérer le rôle « d’arbitre » qu’il jouent souvent auprès de frères ou sœurs plus jeunes et pour lesquels ils se doivent d’être bienveillants quitte parfois à devoir sanctionner. L’exercice de l’autorité a revêtu soudain pour eux un caractère moins abstrait. A l’issu de nos ateliers, la notion de « la fonction d’autorité » protectrice et bienveillante, quitte à parfois sanctionner, ne leur était plus étrangère.
Les transferts entre les panneaux d’invitation à partager de l’eau sur le terrain et la nécessité de partager les richesses de ce monde ou les biens communs ont éveillé en eux la conscience que tout ce qui se passe sur le terrain de jeu peut être transposable aux situations de vie de leur quotidien et inversement.
Nous nous sommes souvenu que le stade est un univers quantitativement réduit mais qualitativement analogue au monde. Tous ces jeunes ont enfin compris que cette planète qui les abrite n’est pas uniquement, comme on voudrait leur faire croire, un champ de bataille où la seule alternative serait de dominer ou être dominer par ce qui nous est étranger, différent ou contraire.
Accueillir, encourager, partager, s’engager, se respecter pour atteindre, grâce à l’alter ego, le sommet de notre conscience et la maîtrise de notre animalité, voilà ce que ces jeunes ont effleuré, entrevu et même pour certain, parfaitement compris.
Ils ont découvert une autre vision du jeu par une autre vision du monde.
Si certain ont encore peur d’y croire, nombreux sont ceux qui sont convaincus que leur humanité leur offre la possibilité de restaurer un monde passablement dégradé malgré les innombrables maquillages de secours destinés à masquer un visage planétaire entaillé de vilaines cicatrices.
Oui, le jeu est une chose sérieuse pour qui en connait le sens et le but.
Un dernier mot enfin pour vous offrir l’apothéose de notre collaboration. Des questions jaillies du cœur des joueurs et éducateurs ont fusé avec une passion qui a décuplé notre envie de poursuivre inlassablement notre tâche : Pourquoi on ne nous a jamais parlé de football comme ça ? Pourquoi la fédé n’envoie pas les livrets à tous les clubs ? Pourquoi on n’a pas ce genre d’ateliers dans les centres de formation ?...
Merci donc à tous ceux qui, comme nous, sont convaincus que le monde change dès que l’on se change soi-même et que rien n’est impossible pour les êtres humains que nous sommes, rien, et surtout pas la restauration de notre humanité qui nous permet de jouir de cette incomparable merveille qu’est la conscience qui offre à contempler sans cesse ce miracle qu’est la vie.
Merci à tous ceux qui ont commencé à s'engager pour "Le vote des Citoyens Footballeurs" en remplissant le FORMULAIRE
Merci à ceux qui ont décidé d'adopter la chasuble ARBITRES BENEVOLES des Terrains de la Paix dont nous vous parlerons avant la fin de l'année...
Tayeb Belmihoub
*Meaux – Dammarie-les-Lys – La Ferté sous Jouarre – Des U11 jusqu’aux seniors en présence des éducateurs et parfois des dirigeants – Sous l’œil attentif de Christian Boyard (DDCS 77)
17:30 Publié dans Engagement associatif | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : clubs, foot ball, joueurs, éducateurs, dirigeants, présidents, ateliers, formation, lois, république |
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