09/08/2010
Ramadan : La paix des sens...
Dans moins d’une semaine, des millions d’entre nous vont s’engager sur la voix difficile du jeûne que la tradition arabo-musulmane désigne du nom de Ramadan.
Cette « obligation », pour contraignante qu’elle paraisse, n’en reste pas moins l’un des moments de l’année les plus lumineux pour celles et ceux qui s’emploient à donner à cette épreuve son sens originel afin de bénéficier de ses vertus incomparables.
Loin de se limiter à la seule privation de la jouissance des sens, le Ramadan (en arabe, chaleur) offre la possibilité, à chacun d’entre nous, de transmuter le feu de notre ego en lumière apaisante pour éclairer chacun des nos actes et de nos pensées.
Ainsi, en cette veille de reprise d’un championnat de football souvent trop « disputé » autant que d’une vie parfois trop active, il conviendrait de donner un sens à cette période si particulière.
La retenue en toutes choses fait naître un autre monde, un autre espace, un autre temps. Le jeûne doit rester un acte conscient et volontaire pour recouvrer le « goût des choses » que l’habitude et le quotidien nous font oublier. Jeûner aide au souvenir des belles choses.
Se souvenir de ceux qui n’ont pas, de ce qui ont trop, bien que convaincus d’avoir trop peu. Jeûner, non pour faire comme tout le monde ou se conformer aveuglément à la coutume, à la loi, mais par adhésion à une vision, à une option, à une intention de compassion, de partage, d’édification d’un monde plus harmonieux.
Jeûner des bombes que nous portons tous à l’intérieur de nous et qu’au gré de nos différents nous larguons sur nos semblables, jeûner de nos révoltes qui nous font rejeter sur l’autre le poids de nos erreurs, jeûner de nos angoisses qui projettent sur les écrans de nos vies les illusions de nos espoirs et plus encore de nos désespoirs, jeûner de nos ambitions qui posent sur nos regards le voile déformant de la gloire, jeûner de nos rancœurs qui obstruent la voie du pardon, jeûner de nos conforts, jeûner pour que le corps allégé laisse émerger la part de nous qui nous élève.
Quand enfin à la tombée de la nuit, nos prières accompagnent ce moment si particulier de la rupture, faire de cette délivrance un moment de partage et de liesse en prenant soin de ne pas sombrer dans l'excès de frénésies compensatoires qui, trop souvent, transforment la paix des nuits de communions et de méditations en longues heures sans lumière.
S’employer le mois durant à recréer le lien entre tout ce qui vit pour retrouver la voie de l’Unité, tel est la finalité de ce mois béni qui fait de nous les perles d’un chapelet unique égrené et psalmodié par le verbe divin.
11:18 Publié dans La vie du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ramadan, sacré, prières, football, obligations, boire, manger, jeûner, musulman, rupture, heure |
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28/06/2010
Il était une Fois... Des marchands de Foi !
Lorsque j’ai publié mon premier essai en 2005 (Une balle pour la Paix - Football sport sacré ? Editions Mélanges), je ne pouvais supposer que cinq ans plus tard, une recrudescence de « signes extérieurs de religiosité » allaient à ce point marquer la coupe du Monde 2010.
La palme revient sans conteste à Diego Maradona, sélectionneur de l’équipe d’Argentine qui ne peut plus compter sur sa seule main pour conquérir son graal.
Pris d’une ferveur compulsive, il enchaine les signes de croix comme Eli Wallach, la brute dans cet inoubliable western spaghetti des années 70 « Le bon, la brute et le truand ». Notre Diego peut même s’enorgueillir du succès de ses incantations puisque non seulement son équipe enfile les victoires mais, de surcroît, elle a bénéficié, lors de son huitième de finale contre le Mexique, d’une intervention occulte qui a littéralement aveuglé un des arbitres de touche : Frappé d’on ne sait trop quelle amnésie providentielle, il a « oublié » le hors jeu de Carlos Tevez sur le premier but qu’il inscrit pour l’Albicéleste.
De là à penser que le nombre de signes de croix est déterminant dans le résultat des rencontres de son équipe, il n’y a qu’un « petit pont » que notre faiseur de miracle, à la main joueuse et pieuse, saura franchir sans états d’âme.
Ainsi, après le fléau qui s’est insinué dans le sport, par les nationalismes sectaires que nous avons dénoncés par ailleurs, (voir chronique « Coupe du Monde 2010 : la fin des équipes nationales) nous assistons aux manifestations de foi qui, de notre point de vue, loin d’exprimer la moindre intuition intime relèvent plutôt de la plus banale superstition…
Bien entendu, il ne s’agit aucunement pour ces « bondieusards » d’évoquer ce qui peut faire accéder à une quelconque transcendance mais bien de conjurer ce qui pourrait les empêcher de prendre le pouvoir. Car en définitive, c’est bien uniquement de cela dont il s’agit et je vous garantie que la manière importe peu à tous nos sélectionneurs, présidents de fédérations, ou ministres des sports et bientôt, au train ou vont les choses, aux ministres des cultes, avides de domination. Ce qu’il leur faut à tout prix et même à n’importe quel prix, c’est monter sur la première marche : Place au score !
Malheureusement, l’expérience nous enseigne que, quel que soit le domaine où la quantité prend le pas sur la qualité, les consciences se sclérosent et s’affrontent.
Loin de moi la volonté de dénier le droit de chacun à l’expression de sa foi, mais il me semble que lorsqu’elle est pure, elle ne s’embarrasse pas de tout cet attirail ostentatoire voire prosélyte qui s’affiche au bord des pelouses. Les signes extérieurs de religiosité sont à la foi, ce que le doudou est à l’enfant, un contre phobique. La différence réside dans les conséquences de ces déséquilibres.
Cette coupe du Monde 2010 offre toutes les surprises et celle-là est de taille. On s’interroge sur la pertinence d’un arbitrage vidéo, qui émeut jusqu’aux chefs d’états, mais pas une voix ne s’élève pour prévenir des dangers de ces manifestations de chapelles. Ces simulacres d’oraison devraient inciter à la prudence, les élites sacerdotales quelles qu’elles soient avant que les dérives de ces comportements immatures ne viennent polluer un peu plus les esprits les plus fragiles.
Si le Sacré inclut les religions, les doctrines et tout ce qui se manifeste en ce bas monde, il s’affranchit, « grâce au ciel », des petitesses dévastatrices des dévots de bistrots.
Encore une fois, il ne s’agit pas d’exprimer une quelconque révolte mais simplement de mettre en garde contre ces petits riens qui finissent par faire de si grands riens qu’ils accouchent d’immenses chaos.
Le football est, de notre point de vue, la manifestation incontestable du sacré. Cette notion a pour seule fonction de « rassembler ce qui est épars », de permettre ici ou ailleurs la conscience de la communauté originelle de tout être et de toute chose.
Le football offre à vivre la réalité des rencontres par la joie et le partage.
Nul ne sait, à l’heure où j’écris ces lignes, qui de l’Argentine, de l’Espagne ou de toute autre équipe emportera le trophée 2010, mais une chose est certaine, ni la croix, ni le croissant, ni aucune étoile du ciel ou d’ailleurs, aucun symbole, aucun signe, même gesticulé par des « singes de Dieu », ne décidera du résultat de cette coupe du Monde et ce, pour cette simple raison, que la foi est une oraison muette et silencieuse qui ne se nourrit d’aucune gymnastique frénétique et hystérique mais seulement d’intentions pures et de paix.
22:13 Publié dans Pendant la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : croissant, croix, croyance, foi, maradona, sacré, signe |
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18/05/2010
Football & Sacré
« Lorsqu’une forme traditionnelle est sur le point de s’éteindre, ses derniers représentants peuvent fort bien confier volontairement, à la mémoire collective ce qui, autrement, se perdrait sans retour; c’est en somme le seul moyen de sauver ce qui peut l’être dans une certaine mesure et, en même temps, l'incompréhension de la masse est une suffisante garantie que ce qui possédait un caractère ésotérique n’en sera pas dépouillé pour cela, mais demeurera seulement, comme une sorte de témoignage du passé, pour ceux qui, en d’autres temps, seront capables de le comprendre » René Guénon « Symboles de la science sacrée »
Football, sport sacré ?
Je sais que la plupart de nos contemporains donnent au mot « sacré » un sens exclusivement religieux. Pourtant, si les religions en font leur domaine privilégié, il n’en demeure pas moins vrai que le Sacré dépasse ce seul contexte, on peut même affirmer qu’il le contient.
Le Sacré dans son sens étymologique est proche du secret, de ce qui est « mis à l’écart », afin que nul n’en viole l’accès. Le mot templum (temple) - dont la racine tem se retrouve dans le grec temenos, qui signifie couper, retrancher, séparer - exprime la même idée. On perçoit là toutes les analogies du temple et du stade, dont l’accès est également réglementé.
Si le Sacré est souvent entouré de « mystère », c’est que le sens premier de ce dernier terme exprime ce qui est proprement « incommunicable » et que l’on doit recevoir en « silence ». C’est l’émerveillement de l’enfant qui observe, sans un mot, le ballet de Zizou pour en reproduire chaque mouvement.
Le Sacré est un mot qui effraie parfois ceux qui croit y voir une vague notion de religiosité, doublée d’un sectarisme, dont l’aspect mystérieux reflèterait les desseins obscurs de gardiens des ténèbres ! Rien n’est pourtant plus simple que le Sacré. Rien n’est pourtant plus simple que le jeu le plus dépouillé, le plus « élémentaire ». Le geste parfait, le geste sacré est un geste complexe, jamais compliqué. C’est le déséquilibre qui agite parfois nos coeurs et nos corps, qui nous empêche de redevenir « ces simples d’esprit auxquels le royaume des cieux appartient ». Le geste simple au football est celui auquel tous les joueurs et tous les éducateurs aspirent, le geste sacré, primordial, originel analogue à « la parole perdue » ou au Saint Graal.
Le Sacré est lié à la balle comme le verbe à son support et les traces d’activités humaines autour d’une balle remontent aux premiers jours de l’humanité. Le soleil, la lune, les astres, en général symbolisés par la « balle », ont toujours étés objets de vénération et véhicules d’influences « supra humaines ». Les rites utilisant la balle permettaient une mise en harmonie avec un cosmos dont l’homme « primordial » avait une conscience intuitive. La balle était utilisée comme « intermédiaire intercesseur » pour obtenir une meilleure fertilité des hommes et des cultures, s’attirer les faveurs d’influences spirituelles, objet d’accompagnement dans les rites funéraires, la balle a toujours « fasciné » « attiré », « organisé »…
De nos jours, les rites se sont habillés de mots. Le football semble être de ceux là… Je me suis interrogé sur l’engouement, la passion, la vénération quasi planétaire que suscite « l’agitation » de vingt-deux bonshommes sur un rectangle vert. Et si cette gesticulation autour d’une boule de cuir remplie d’air n’était pas si anodine qu’il y paraît ? Et si ce désordre apparent masquait la face d’un rituel dont la trace se serait conservée précieusement dans « l’arche d’alliance » que constitue la masse ? Rituel sacré dont le « but » ultime serait le retour à ce paradis perdu dont le « vert » jardin a marqué à jamais un Adam qui ne cesse de re-naître ?… Balle au centre… Coup d’envoi… But… Salut… Délivrance… Transcendance de cet instant unique où le ballon « déflore » la ligne blanche et vierge du but, pour féconder un ailleurs hors de l’espace et du temps. Balle au centre… Coup d’envoi et le cycle recommence… Perpétuel… Inlassablement la sphère s’offre et s’esquive, se partage ou se meurt…
Le stade est un miroir sur lequel se reflète le ballet de nos vies et si la Coupe du Monde 98, à laquelle la France s’est abreuvée de liesse, de jouvence, d’espérance, trône encore dans nos mémoires, comment ne pas s’interroger, au delà de l’événement, sur les raisons profondes d’une telle ivresse ? Comme toute manifestation, le football est soumis aux exigences que lui impose sa « loi ». En l’occurrence, ses règles. La comparaison du stade avec le Temple et le rituel qui s’y opère est d’autant plus aisée qu’à l’instar du Temple, le stade répond à des normes régulières de construction, (...) Tracés géométriques précis, surface minimum, lois du jeu…
Le non respect de ces obligations, que l’on pourrait qualifier de « profanation », entraîne une disqualification. Le stade - et plus précisément l’aire de jeu - est, comme le Temple, une enceinte consacrée, sanctifiée. Seuls sont autorisés à fouler le rectangle sacré, les fidèles, représentés par les joueurs et l’arbitre, gardien de la loi, garant de la stabilité du cérémoniel. Même celui que l’on pourrait désigner comme « Maître » ou « guide » : l’entraîneur, ainsi que les arbitres assistants, ne peuvent violer la ligne blanche qui délimite la surface du terrain pendant le déroulement de la rencontre. (...)
A ce propos, je me souviendrai ma vie entière du premier match que j’ai disputé sous le regard d’un vrai public, j’entends par là un public nombreux venu assister à la rencontre et non pas en simple badaud. C’était en 1980 contre une équipe de troisième division nationale. J’avais accompli justement mon « rituel » dans le vestiaire et me dirigeais, le coeur dans la gorge, sous le tunnel qui menait au « saint des saints ». Entré sous des applaudissements, j’avais l’impression que cette clameur venait du ciel. Mes jambes ne me portaient plus, mes yeux entendaient, mes oreilles goûtaient, mon nez voyait, ma bouche respirait bref, j’étais bouleversé.
Je me suis souvent demandé si je n’avais pas vécu ma naissance de cette manière. Les naissances sont toujours des bouleversements. Comme ce jour où, parce que je voulais devenir joueur professionnel, je m’étais rendu sur le stade d’entraînement du Paris Football Club et j’étais allé demander, très timidement, la possibilité de faire un essai. Le maître se trouvait face à moi. Il s’appelait Roger Lemerre et n’était pas encore sélectionneur national. Ma demande fut suivie d’un court silence qui dura une éternité, puis la voix grave de Roger le rompit d’un surprenant : « Tu as tes affaires ? » Dix minutes auparavant, j’aurais donné non pas mes deux pieds mais mes deux mains pour cette question. ! Malgré l’énorme poids qui s’abattit sur mes épaules, la force de l’espoir me permit de prononcer un « oui » tout juste audible que seul mon hochement de tête parvint à faire entendre. Un vertige me prit et c’est sans doute mon ange gardien qui me soutint jusqu’au vestiaire pour me mettre en tenue.
Roger Lemerre se montra très curieux de cet « importun » mais une grande affection émanait de son regard. Il avait l’attitude des justes, capables dans un sourire de vous transporter mais aussi de vous anéantir dans un froncement de sourcil. Cet essai fut concluant et je pus terminer la saison en profitant de l’entraînement d’une équipe professionnelle. Pourtant, cet épisode ne fait pas partie des meilleurs moments de ma vie de footballeur. Ce monde très particulier abritait déjà quelques vendeurs de « chair humaine » dont les velléités s’accordaient mal avec mon amour du ballon. Bien que minoritaires, ces commerçants déguisés, associés à quelques « fédératifs » trop bien nourris, ont eut raison de mon envie d’évoluer dans ce que l’on appelle, bien improprement à mon avis, le « football de haut niveau ». Le football est une voie initiatique, pas une activité commerciale. Cette voie ne peut se satisfaire de « marchands du temple » et ceux qui l’empruntent doivent être qualifiés pour le faire. (...)
Je suis heureux d’avoir vu sous les maillots des joueurs du Brésil un vibrant hommage à Jésus. Non que je tienne en odeur de sainteté les « bondieusards » qui aiment récupérer les événements à des fins souvent douteuses, mais simplement parce que le message christique est un message universel dont aucune religion ne peut revendiquer la propriété. Tout homme capable d’aimer est un christ en puissance et si l’histoire faite par les hommes travestit plus souvent la vérité qu’elle ne la véhicule, il n’est point besoin d’être prêtre pour revendiquer la part d’un Esprit Saint. Jésus était un homme vous diront les uns, non il était Dieu diront les autres… Les départager sur ce point de vue serait aussi difficile que d’empêcher les Brésiliens de déifier Pelé et les Argentins de voir en Maradona la main de Dieu. Zidane est appelé Zizou… J’ai noté la réflexion d’un journaliste sportif12 affirmant que l’on pouvait confondre la scansion de la foule « Zizou, Zizou, Zizou… », avec celle de « Jésus, Jésus, Jésus ». C’est dire l’aspect quasi messianique que certains joueurs revêtent pour les masses !
L’élu ne choisit pas de l’être, il est désigné pour un destin qui le dépasse. Son rayonnement donne la vie aux autres. Et pourtant, comme tout messager, il est faillible et n’est autre qu’un homme. Sa dimension supra humaine ne se dévoile que le temps de la rencontre, là où il est prêt à recevoir cette grâce qui fait se lever les foules dans le monde entier. (...)
J’en suis à ma onzième coupe du monde et je ne vois rien dans ce que l’on appelle le football moderne qui me fasse rêver plus ou moins qu’il y a trente ans. La stabilité est un signe du Sacré. Les religions, elles, changent. Les messages diffèrent d’un peuple à un autre, d’un lieu à un autre, d’une époque à une autre. Seul l’immuable n’est pas soumis au changement, seul le principe demeure. Le football s’amuse à tracer le chemin du monde. Il se joue du changement et des époques. Il observe, amusé, le besoin constant qu’a l’homme moderne de zapper sa vie. Il regarde d’un oeil bienveillant les errances et les erreurs de ceux qui le pratiquent. Le football, parfois malmené, décrié, conspué, conserve la force et la stabilité propres à tout symbole.
Le Sacré est aujourd’hui plus voilé que le ciel de nos grandes métropoles. La pollution qui détruit nos villes n’est qu’un triste reflet de celle qui détruit nos âmes. Le trou dans la couche de cet ozone, dont on nous rebat les oreilles, n’est pas plus alarmant que celui qui se creuse dans les coeurs. Le football est peut être l’un des derniers refuges pour permettre à l’homme de reprendre contact avec le Sacré, loin de toutes les maisons de prières où l’on enseigne plus la haine au nom de Dieu que l’amour au nom des hommes. Loin de ces salles d’exclusion et de complot que sont devenues églises, synagogues, mosquées, et autres lieux de non partage, il nous reste le stade de football où la seule religion qui prévale est celle de l’Union.(...)
Je rappellerai que les lieux où communient des hommes, se « signant » de manière aussi différentes, sont suffisamment rares pour mériter une étude plus approfondie d’un tel « miracle ». La « Jérusalem céleste » où fusionnent les « âmes » pourrait bien être symbolisée par cet « Eden » où s’unissent les joueurs de football.
Je me souviens avec bonheur d’un dimanche de l’été 98 où je fus invité à participer à un tournoi en région parisienne. C’était un tournoi dans lequel la quasi totalité des équipes était constituée de joueurs d’origine Nord Africaine. Les premières rencontres commencèrent et le regard des joueurs sur moi, à l’écoute de mon prénom, me faisait sourire. L’engagement était total, l’ambiance des plus agréables et la communion presque palpable.
L’heure de la prière approchait pour les musulmans présents. Le coup de sifflet final de la rencontre me donna l’idée de faire moi-même l’appel, que j’entonnais sous le regard ébahi des participants. Une petite troupe s’ébroua avec moi vers les lavabos des vestiaires transformés, pour l’occasion, en salle d’ablutions. Après cette purification, on se mit en quête d’un lieu de prière à sacraliser. J’invitais alors tout le monde à me suivre, ce qu’ils firent malgré un certain scepticisme. J’étais le plus âgé, ce qui faisait de moi une sorte de grand frère. Nous nous installâmes sur une pelouse libre et je pris sur moi de diriger cette prière. Certains cherchaient désespérément un « Est » que l’absence de boussole rendait invisible. Je les rassurais alors en leur citant ce verset plein de bon sens du Coran : « Où que tu te tournes se trouve la face de Dieu », et nous pûmes alors commencer. L’odeur de la pelouse que nos fronts embrassaient, la paix de cette communion, qui se prolongeait dans la conscience de notre prière commune, donnait à ce tournoi des allures de pèlerinage. Même ceux qui empruntaient pour leur chemin spirituel une autre voie que la nôtre, étaient présents en esprit, avec nous, dans cet acte de vénération de « l’entraîneur des mondes ».
Nous étions unis, nous formions équipe, nous étions heureux. C’est cet événement précis qui me donna l’idée d’entreprendre un jour le dessein de faire partager ma conscience du Sacré dans le football, convaincu que ce que je venais de vivre méritait d’être offert en partage.
J’ai éprouvé le besoin de dire que le Sacré n’est pas toujours là où on l’attend, que les vrais lieux de culte ne sont pas ceux que l’on croit et, en tous cas, qu’ils ne doivent jamais être prétexte à la division, à l’exclusion. Ce jour là, nous étions athées, zoroastriens, juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes, hindouistes, animistes…
Nous étions d’abord des êtres humains, unis par un principe vers lequel tous les coeurs se sont orientés. Nous étions Un dans la multitude, nous étions les enfants de la balle.
11:41 Publié dans En attendant la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sacré, football, zidane, terrains, balle, rituel |
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04/05/2010
Les mots de la Coupe du monde
« Mon intention n'est pas de vous raconter le laid, les tacles assassins des manipulateurs de tous bords dans le dos des chevaliers de la balle ronde, mais juste de vous inviter à poser un regard différent sur ce rectangle magique. »*
Et si en cette veille de coupe du Monde, nous parlions ensemble de mots... Car si les mots sont revêtus de lettres, ils possèdent un esprit dont l'essence nous apporte les effluves du mystère du monde et ce mystère porte le nom magique de Verbe Eternel.
Et si nous prenons le mot « Afrique », son énoncé nous fait automatiquement associer les mots tradition, transmission, mais aussi souffrance et pour ma part, espoir. Afrique, que l'on prononce A-fric, avec ce A privatif qui soudain nous permet d'entrevoir un autre sens à ce mot, une autre vertu offerte à la lecture de tous par ce continent oublié et meurtri.
Et si cette coupe du Monde 2010 était la coupe d'un nouveau monde, celle d'un monde ou les mots prennent un autre sens, celle ou le fric reprendrait sa juste place, celle de simple monnaie d'échange, celle d'un moyen et non d'une fin.
Et si les mots devenaient plus ronds, moins pointus, comme des obus, et la balle, ballon pour soigner les maux de ce monde. Et si nous ne parlions plus d'affrontements mais de rencontres, et si nous ne parlions plus d'adversaires mais de concurrents, et si nous ne parlions plus d'agressivité mais d'engagement, et si nous parlions d'accueil plutôt que de réception, si nous parlions victoire plutôt que résultat, si nous parlions des hommes plutôt que des marques, des vertus plutôt que des valeurs, de qualité plutôt que de quantité ?
Et si l'Afrique de Monsieur Mandela annonçait la venue d'un nouveau monde dont la coupe offerte, comme le Graal, ne demandait qu'à être remplie de nos rêves, de notre humanité de notre Amour. Et si....et si....
Les utopies sont les prémices de nos mondes et rien de ce que l'homme pense n'est irréalisable. Il suffit juste d'un peu de bonne volonté pour que la terre parfois trop plate prenne les contours généreux d'une matrice contenant tout les possibles.
Voilà à quelle coupe du Monde nous espérons nous abreuver, voilà dans quel état d'esprit notre association œuvre au quotidien dans les clubs, les écoles, les établissements pénitentiaires.
Voilà comment nous pratiquons le football.
Voilà comment les « Terrains de la paix » s'emploient à faire du jeu le plus sérieux du monde et le plus pratiqué sur la planète, un onguent posé sur les désespoirs.
Voilà pourquoi 2010 sera la coupe des mots, celle des mots vrais, des mots justes afin que chaque joueur, chaque spectateur devienne une lettre pour composer le poème épique dont chaque rime, pauvre ou riche, plate ou croisée résonne avec ce mot : Humanité.
* Tayeb Belmihoub « Une balle pour la paix » Editions Mélanges - www.fnac.fr
10:56 Publié dans En attendant la coupe du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : coupe, monde, afrique, 2010, football, équipe, matches, rencontres, respect, sacré, victoire |
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